‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 216 sur 230 · Agamemnon, 1448-1576. Supra, p. 147 sqq · texte numérisé non relu

Agamemnon, 1448-1576. Supra, p. 147 sqq

par l'ordonnance du plan, celui-là par la symétrie rationnelle des éléments qui le composent’, Eschyle est vraiment le plus adroit et en même temps le plus puissant des artistes de l'Hellade. Jamais le génie inventif d'aucun de ses écrivains ne sut allier une pareille audace à une habileté si maîtresse d'elle-même. Les modernes n’ont point connu cet art de la composition. Il est vrai que dans tout ce qui nous a été conservé de l'antiquité classique, on ne trouve qu'un exemple d'une telle perfection : seul il suffirait à la gloire d’un poète.

Le plus ancien des trois tragiques savait donc disposer, du moins dans les dernières années de sa vie, les différentes parties de ses thrènes, de manière à leur donner cette eurythmie savante dont j'ai eu tant de plaisir à retracer les lignes. Là ne se borna pas son mérite. Puisque l’on admet que parmi l'extrême variété des rythmes, il choisit ceux qui devaient le mieux s'adapter au drame ”, et qu'on ne rencontre pour ainsi dire aucune construction régulière chez ses successeurs qu'il n'ait lui-même une ou plusieurs fois employée, ne suis-je pas en droit de lui attribuer, à part quelques exceptions, l'invention de toutes les formes lyriques de la tragédie grecque? Je sais bien que l'ignorance où nous sommes de la période qui le précéda rend toujours très hasardeuse une affirmation de ce genre. Un fait néanmoins me confirme dans cette croyance. Eschyle a toujours donné à la signification de ses formes lyriques une précision dont ceux qui le suivirent ne gardèrent qu'un souvenir affaibli. Leurs similitudes se distinguent chez lui par des nuances délicales3, teintes légères que le temps fit bientôt disparaître. Elles ne {pouvaient guère être aperçues que par celui qui les avait découvertes, puisque Sophocle, malgré son esprit conservateur, ne peut déjà plus les discerner.

Ce dernier, cependant, étudia toute la partie technique de son art avec tant de conscience, (si ce mot peut s’employer en parlant de cet heureux et fécond génie), qu’en certains points, dans les Stasima en

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