Jon, 82-183. Supra, p. 279 sqq
mettait. Ce sont cellés qui nous échappent le plus. Si nous les étudions avec un peu de soin, il est incontestable qu'elles font des taches dans les poèmes où elles sont placées. Chantées sur le théâtre d'Athènes par quelque grand virtuose, elles provoquaient les applaudissements.
Était-il possible de céder aux exigences raisonnables des musiciens, et de se réserver une liberté suffisante? La réponse est négative, si l'on considère ces dernières Monodies; les autres, au contraire, nous amènent le plus souvent à une autre conclusion. Il est donc permis de regretter qu'Euripide n’ait pas su conserver un juste équilibre entre les deux arts rivaux, mais nous ne devons formuler nos critiques qu'avec une extrême réserve, et ce n’est pas le texte de nos opéras qui pourrait autoriser notre sévérité.
J'ai suivi pas à pas la direction que prit le lyrisme dans toutes les parties de la tragédie grecque où il eut accès. Cette longue route est pleine de sinuosités capricieuses dans lesquelles on risque à chaque instant de se perdre. Quand, après l'avoir explorée en tous sens, on arrive à l'endroit où elle aboutit et s’efface, il est utile de se rappeler les principales étapes que l’on a faites, pour savoir au juste quelle orientation on a suivie.
Dans les premiers temps, la tragédie était un poème où les chants choraux qui en formaient le principal élément étaient entrecoupés de dialogues scéniques. Il ne nous est parvenu aucune œuvre de ce type. Les Suppliantes et les Perses s'en rapprochent assez, mais plusieurs modifications ont déjà été apportées à la simplicité primitive : l’une et l’autre pièce nécessitent l'emploi de deux acteurs, et le protagoniste a le droit de chanter, comme les choreutes:, quand l'iambe, ni le trochée, ni l’anapeste ne peuvent lui suffire. Quinze ans plus tard, les prérogatives de ce personnage ne se sont guère accrues; mais, plus sûr de lui, il réunit ses forces avec celles de l'orchestre, et l’action dramatique tire de cette alliance les plus grands effets qu'elle ait jamais produits chez aucun peuple.
C’est le temps des vastes constructions lyriques, où la majesté extérieure des contours l'emporte parfois sur l’aménagement intérieur des idées 2. Quand l'esprit n’est pas moins satisfait que le regard, celui-ci
1. Suppliantes, 836-906 : Commos mixte, dans lequel chante le héraut. Cf. chap. IV, p. 185 sq. — Perses, 931-1076. Xerxès chante ici comme le chœur qui lui répond. Cf. chap. IV, p. 171 sqq.