‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 22 sur 230 · Trachiniennes, v · texte numérisé non relu

Trachiniennes, v

4. Le Péan, raufwv, est déja mentionné dans l'Iliade. Quand Plutarque, dans son De musica (c. 9, édit. Volkmann), dit que Thalétas et ses disciples Xénodamos et Xénocrite composèrent des Péans, il faut entendre qu’ils les empruntèrent aux chants populaires, et qu’ils en firent une œuvre d'art.

assez tranchées. La danse, accessoire dans le Péan, était essentielle dans l’Hyporchème :.»

Si nous rapportons ce que dit Lucien? du débit de l'Hyporchème ordinaire à ceux que l’on rencontre dans la tragédie, il est naturel d'admettre qu’ils se jouaient de deux manières différentes. Tantôt le chœur chantait comme dans le Stasimon, mais la danse qui accompagnait les vers lyriques n’était plus l’'Emméleia. Elle avait plus de vivacité et d'animation. Athénée nous dit qu’elle était aussi enjouée que le Cordax3. Tantôt le chœur se divisait en deux parties : l’une dansait, l’autre chantait. L’essoufflement et la fatigue causés par ces mouvements agités empêchaient ceux qui s’y livraient de chanter comme les autres. Muff 4 suppose que les choreutes silencieux dansaientalors en suivantla mesure du chant du coryphée, qu’accompagnait l'instrumentiste.

On trouve surtout ces Hyporchèmes chez Sophocle. Ils ont presque tous un caractère commun, qui aide à les découvrir. Placés avant la catastrophe, qu'ils précèdent souvent de quelques instants, ce sont des chants joyeux que le chœur exécute sans aucun pressentiment du malheur qui va fondre sur lui. Je rappellerai celui de l’Ajax5, où les matelots de Salamine, induits en erreur par les paroles de leur maître qui va se tuer, s’imaginent qu’il a renoncé à sa colère contre les Atrides, et, tressaillant d’allégresse 6, invoquent en dansant Pan et Apollon. Le spectateur prévoit trop bien ce qui doit arriver, pour ne pas être attristé en son âme de cette exaltation. Cette joie le fait souffrir, et cette aveugie confiance le remplit de pitié7. Le contraste entre les sentiments de l'orchestre et ceux du théâtre est cherché. L’habileté du poète consiste à s’adresser au public par une voie détournée, et à le faire juge du peu de fondement qu'ont souvent les joies auxquelles il se livre. Je ne sais pourtant si dans certains cas cet

1. À. Croiset, Fist. de la litt. grecque, II, p. 274, — Gette danse est mentionnée dans les Hyporchèmes suivants: Ajax, 693-718, v, 700; Antigone, 1115-1154, Y. 1147, 1150 sqq.

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