‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 3 sur 230 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

veaux à la masse déjà fort nombreuse de ceux que l'on connaît déjà.

De nos jours, en effet, la composition technique d’un chœur de Sophocle n'offre plus de difficultés bien considérables. Sans doute, on pourra discuter longtemps encore sur certaines questions d’eurythmie, et même quelques mètres d’une nuance indécise seront quelquefois confondus avec d’autres. Les légères incertitudes de ce genre sont familières à tous les esprits qui aiment à remonter le cours des âges, et à vivre dans les siècles disparus. Nous comprenons dans leur ensemble les écrivains de la Grèce, mais si nous examinons à la loupe les mots dont ils se sont servis, les syllabes se brouillent souvent et deviennent incertaines. Dira-t-on cependant que l'antiquité hellénique soit illisible, parce que ceux qui s’en occupent doivent connaître à fond la critique des textes? Cette science existait déjà chez les Alexandrins, qui la jugèrent nécessaire pour comprendre et admirer le vieil Homère.

Ainsi la vérité absolue n'existe pas plus sur ce point que sur les autres. Chacune des pierres qui composent le vaste édifice de nos connaissances n’a qu’une solidité relative, mais cet édifice lui-même est inébranlable dans sa masse. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à donner comme fondement à ce livre les travaux de ceux qui m'ont précédé. Son assiette sera, je l'espère, assez stable, pour ne pas inspirer à ceux qui le liront de trop grandes inquiétudes.

Voici en quelques mots son objet. Quand nous étudions aujourd’hui les pièces des lyriques modernes, nous saisissons d’un coup d'œil leur structure presque toujours uniforme. Ils se servent le plus souvent de ce que les Grecs auraient appelé la composition monostrophique. Alcée, Sappho et Horace, pour ne citer que les plus connus, l'avaient déjà employée avant eux dans leurs Odes. Il existait des dispositions plus compliquées, dont les anciens eux-mêmes nous ont parlé. Ce sont ces formes extérieures, dont j'ai voulu suivre et

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expliquer le développement historique, dans les tragédies grecques qui nous ont été conservées.

Je ne me suis pas contenté d’en dessiner les lignes d’après un système de notation qui m'a paru commoder. Toute cette algèbre, agrémentée de demi-cercles et d’accolades, ne pourrait satisfaire qu'un esprit superficiel. De plus, la structure de ces poèmes intéresse assez peu les modernes, qui l'ont délaissée. À quoi servirait donc de tracer le dessin que forme l’enchevêtrement des vers, récités et chantés, qui les composent? Ne serait-ce pas tomber dans le défaut de ceux qui s'imagineraient connaître l’aménagement d’un temple, pour avoir compté le nombre de ses portes et de ses colonnes ? J'ai donc voulu pénétrer dans le sanctuaire et marquer les rapports de son harmonie intime, qui échappe aux profanes, avec sa symétrie extérieure, qui frappe tous les regards.

On ne doit pas, en effet, forcer l'esprit à se contenter de la scansion seule des vers lyriques de l’antiquité. Cette scansion est en somme assez peu intéressante, et la nomenclature des pieds grecs fort rébarbative. Sans doute il faut connaître, après un examen approfondi, toutes les règles que les anciens euxmêmes ont suivies quand ils construisaient leurs strophes. Cela est aussi indispensable que de savoir ses lettres pour lire un livre; mais il ne faut pas s’en tenir à ces notions élémentaires. De même, en effet, que pour bien épeler un mot, l’enfant doit quelquefois en saisir auparavant la signification, qui lui est indiquée par le contexte, de même il est indispensable, pour bien étudier les rythmes, de pénétrer le sens des syllabes avec lesquelles ils se confondent.

1. Je l’emprunte aux Allemands. Les lettres grecques majuscules A. B. F. etc., désignent les strophes ; les antistrophes, qui leur répondent, sont notées par la même lettre, marquée du signe prime à sa partie supérieure de droite : A. B'. ['. Les épirrhèmes iambiques ou anapestiques, qui selon la croyance générale étaient récités avec un accompagnement de flûte, sont représentés par les minuscules correspondantes, d'après le même système: aa’. 88. yy'. — Sur cette question du débit mélodramatique, j'adopte les conclusions connues de W. Christ. Cf. Die Parakataloge im griech. und rüm. Drama. (Abhandl. d. bay. Akad., 1 CI., 13” vol., p. 179 sqq.)

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