‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 4 sur 230 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

Mais au delà des rythmes, il y avait encore la forme lyrique. Cette dernière n'était pas asservie à la pensée qu'elle renfermait, autant que ces rythmes eux-mêmes, mais elle n’en était pourtant pas séparée. Le lien qui les réunissait était plus souple, mais il était aussi solide. Le caractère du poète, sa fantaisie, son art, l'influence du temps où il vivait, ses goûts particuliers varièrent presque à l'infini cette admirable symétrie des lignes qui est essentielle au génie grec. Les molles draperies que l'artiste jetait sur ses pensées tombèrent en plis gracieux, qui voilèrent, sans les cacher, leurs contours subtils. Préciser ce dessin de la forme lÿrique pour saisir plus facilement la pensée qui serpente dans son entrelacement, tâcher de découvrir les règles si précises de la première, pour suivre la marche ordinaire de la seconde, telle est la double fin vers laquelle j'ai dirigé mon effort.

Athènes; au v° siècle avant notre ère, vit la tragédie se développer avec une vigueur surprenante. La naissance de cet art et sa destinée aux siècles suivants resteront, il est vrai, toujours obscures, mais il nous est parvenu un nombre suffisant de drames pour que la théorie que je tente soit assez appuyée, et par conséquent légitime. Nous possédons encore, comme chacun sait, trente-deux tragédies grecques, sept d'Eschyle, sept de Sophocle, dix-sept d’Euripide, et le Rhésos, d'auteur inconnu. Elles ont toutes été composées, à part cette dernière, pendant une période continue d'environ soixante-dix ans. Ces trente-deux pièces nous apportent donc des données

r. Je laisse de côté le Cyclope. Les parties lyriques des drames de ce genre étaient peu étendues, comme ces drames eux-mêmes, et elles ressemblaient à celles des tragédies ordinaires. Il faut pourtant remarquer les trois strophes égales A, A', A" : 495—5o2 —503—510—511—518, de rythme ionique. La seconde strophe est attribuée au Cyclope, et les deux autres aux fury6pra. Cette disposition ne se trouve pas une seule fois dans les tragédies qui nous ont été conservées. Sur la structure du Cyclope, cf. M. Croiset, Histoire de la littérature grecque, III, Paris, 1891, p. 408-412. — Quant aux Fragments, je me suis abstenu de les étudier, parce qu’ils m’auraient fourni assez peu de matière, et que j'aurais été entraîné dans des discussions trop longues. — Je cite toujours, sauf indication contraire, Eschyle, Sophocle et Euripide d’après les éditions de WEIL, DINDORF-MEKLER et NAUCK, publiées toutes trois chez Teubner.

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