B. L'ACTEUR INTERVIENT
En réalité, le type nouveau que je vais étudier pourrait être rejeté dans le quatrième chapitre de cet ouvrage. Néanmoins, je ne crois pas qu'il soit déplacé en ce lieu-ci, puisque l'entrée du chœur, qui se fait sur la scène ou dans l'orchestre, y est expressément indiquée, ce qui
1, Cf. 107 sqq.
2. Duo asymétrique de Polyxène et de sa mère, Hécube, 154-215. 3. Ibid., 102 sqq.
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n’a pas lieu dans le Commos ordinaire, par le mètre anapestique. J'insisterai donc, encore une fois, plutôt sur le défilé choral que sur la forme thrénétique. I1 suffira de remarquer que toutes ces Parodoiï, sauf une seule, rentrent dans le genre antistrophique : le défilé des personnages, maintenu par l'esprit conservateur des poètes, a sauve-
gardé l’équilibre traditionnel.
æ) GENRE ANTISTROPHIQUE.
Les strophes lyriques, que séparent ou non des épirrhèmes, sont précédées d’anapestes, récités ou chantés par l'acteur, pendant lesquels le chœur s’avance. Ce genre de Parodos, où les tragiques se sont ingéniés à découvrir des combinaisons nouvelles, se trouve dans le Prométhée d’'Eschyle, dans la Médée et les Troyennes d'Euripide, et avec quelques modifications dans le Rhésos.
Mètres divers que terminent des Anapesles : Prométhée. A: Chœur. & : Anapestes : Prométhée.
Le lyrisme du Prométhée: présente plusieurs anomalies. Il en faut déjà noter deux ici: dans toute l’œuvre subsistante de son auteur, c’est le seul premier chant du chœur où la scène intervienne, et le seul Commos où les épirrhèmes anapestiques soient inégaux. Cependant l’arrivée des Océanides, de quelque manière qu’il faille l’imaginer, semble avoir encore été accompagnée, comme dans les tragédies anciennes, par le mètre qui réglait souvent les mouvements orchestiques ou scéniques.
1. AA°: 127-185 — 145-151 : strophes logaédiques d’un caractère particulier et qui appartient à un art postérieur; cf. R. et W., p. 69 sq. Le scholiaste, suivi par Bergk, Griech. Lit., TIT, p. 314, n. ror, voit dans ces vers des ioniques. On peut facilement s’y tromper. — BB’: 160-6 — 179-85 : mélange d’éléments iambiques, dactyliques et logaédiques., — Tous les épirrhèmes sont inégaux, « —9, B— 8, y == 12,0—7 éléments.
2. Cf. Th. Heidler, De compositione metrica Promethei fabulae Aeschyleae, Diss. inaug., Breslau, 1884. L'auteur est de l’avis de Westphal, qui a prétendu que la métrique de cette pièce, comparée aux autres tragédies d’Eschyle, doit être d’une date postérieure,
Kratos et Héphaistos se sont retirés, après avoir cloué Prométhée sur un rocher, en Scythie:. Le patient rompt enfin le silence. Il ne chantait pas les admirables vers2, où il prend à témoin la nature des tourments que les dieux infligent à sa divinité. Ces trimètres étaient peut-être accompagnés de la flûte, car l'émotion du Titan croissant à mesure qu'il en exprime les raisons, il passe à un mètre plus vif, l'anapeste3, dont cet instrument soutenait le débit. Le dieu se calme vite en songeant à l'avenir qu'il connaît, et à l’inutilité d’une lutte contre le destin. Il a dérobé le feu céleste, il en à fait présent aux mortels, il lui faut subir cette torture.
C'est alors qu'il entend un bruit dans les airs, et qu’il perçoit un parfum indéfinissable5. [Imarqueson étonnement, où la frayeur se mêle, par des exclamations, et emploie aussitôt des rythmes plus agités6. Il ne sait pourquoi viennent les êtres inconnus, qu'il entend s’approcher; mais, comme il finit par un assez long système anapestique?7, il est permis de croire qu'il s’en sert parce que les Océanides arrivent sur la scène. Un vers où il les interpelle vaguement8 autorise à supposer qu’elles commençaient à être assez près de lui, pour pouvoir l’entendre. Il va même jusqu’à décrire avec assez de précision le bruit qu’elles font dans leurs mouvements, pour que l’on admette qu’elles étaient alors sur le point de paraître sur le théâtre, si elles n’y étaient déjà parvenues.
Ainsi l'introduction anapestique, partie essentielle, n’est plus attribuée comme ailleurs au coryphée, mais au protagoniste. Cet acteur s’est aussi emparé des épirrhèmes. Ces changements, comme il est facile de s’en rendre compte, étaient nécessités par la mise en scène de la tragédie. Le Titan, cloué sur son rocher, ne pouvait pas manquer d'annoncer l’arrivée des filles de l'Océan, par un mètre approprié. Comme le chœur entre dans le théâtre par le Acyetov?, où
. Prométhée, v. 2.
. 88 sqq.
. OÔpù ApEyYhC.
. Bacchiaques, iambiques, dochmiaques et crétiques. . 120-127.
. 119 : Opäre Deouwtny pue Oüooruov Debv.
128 sqq : ndèv po6n0nc * puhia yap Gde Tdi mrepÜyuwy Boots apiAhate
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il reste jusqu'à ce que Prométhée le prie d'en descendre, il devait presque forcément s'établir un dialogue entre la victime et les nymphes qui la plaignent. Il importe néanmoins de constater, je le répète, que cette Parodos ainsi partagée entre les choreutes et la scène, est unique
dans Eschyle.
Il n’en est pas de même chez Sophocle, ni chez Euripide. Dans la Médée de ce dernier, aux strophes orchestiques préludent les systèmes que récitent la nourrice sur la scène, et Médée dans la coulisse. Pendant ce singulier dialogue, on ne voyait donc qu'un seul des
deux interlocuteurs.
Mipée : 960— 21572.
Anapesles que récitent alternativement Médée et la Nourrice. A : Chœur. 4: Anapestes : Nourrice, Médée.
B — $ — Médée, Nourrice. B' — } — Nourrice.
Il est assez malaisé de préciser le moment où le chœur faisait son entrée. Elle ne devait pas avoir lieu pendant que la nourrice s’efforçait de soustraire les enfants de Médée aux violences de leur mère, en les conduisant dans le palais. L'arrivée d’une troupe aussi nombreuse aurait détourné l'attention des spectateurs du groupe touchant, sur lequel Euripide veut au contraire la concentrer. Il laisse entrevoir, dès le commencement du poème, le meurtre de ces deux enfants; il y revient à chaque instant3; il prend soin de montrer leur tendre jeunesse ; il faut que tout le théâtre voie leur tête blonde, leurs candides regards#, leur teint charmant5, pour que leur mort, consé-