SEULS LES ANAPESTES SUBSISTENT
Les Grecs n'ont jamais connu un type immuable de tragédie. L'organisme de ce poème s’est continuellement modifié, suivant le goût du jour ou les changements du lyrisme lui-même. C'est ainsi qu’une pièce d’Euripide, écrite selon l'opinion générale en 424, diffère sur un point de toutes celles qui sont parvenues jusqu’à nous. On peut encore trouver la raison de cette étrange anomalie.
Hécuse : 98 — 153.
Anapestes : Coryphée.
Les strophes lyriques ont disparu ; seuls, les dimètres ont été conservés. Ils forment cinq périodes inégales3; les choreutes marchent silencieux derrière leur chef, et dès qu'ils ont gagné l'endroit qui leur est réservé, au lieu de chanter comme d'ordinaire, c'est le protagoniste qui les remplacef. Ils ne jouent donc aucun rôle ; en compensation, le monologue accompagné du coryphée atteint une longueur insolites.
Hécube, qui ignore la mort de son dernier fils, apprend que les Grecs, à l'instigation d'Ulysse, ont résolu de sacrifier Polyxène, sa
x. Ils méritent cependant d'être expliqués. Il n’y a pas de difficulté pour les deux premiers systèmes à et &’, dont l'égalité est évidente, puisque les monomètres sont chaque fois placés avant les parémiaques. Quant à 8 et 8’, Dindorf fait remarquer que Pantisystème 155-161, accompagnant l'entrée en scène de Créon (cf. dans la même pièce 6526-30, arrivée d'Ismène; 626-30, d'Hémon; 8or-5, d'Antigone; 1257-60, de Créon : l'Antigone est une pièce encore archaïque), ne fait plus partie de la Parodos. Cela est de toute évidence. Néanmoins ces sept éléments anapestiques, réglant la marche d’un acteur, ne peuvent-ils pas accompagner aussi celle des choreultes? Après un mouvement du chœur dans l'orchestre, suivant la mesure des éléments du système, le mouvement opposé peut très bien avoir élé accompagné des sept aulres éléments de l’antisystème, pendant lesquels Créon entrait en scène.
2. Cf. infra, ch. IV : Commoi épirrhématiques à strophes entrelacées.
&. Seconde Monodie d'Hécube, 154 sqq.
5. Le chœur est composé de captives troyennes, qu'il ne faut pas confondre avec di femmes sur lesquelles la vieille roine s'appuie en marchant, Cf. 59 sqq.
LES PARODOI. 33
fille. aux mänes d’Achiller. Cette nouvelle provoque les lamentations de l’infortunée, auxquelles vont bientôt s’unir celles de la future victime», une des plus nobles vierges du théâtre antique. Qu'auraient pu chanter les choreutes qui intéressât le public athénien, quand aujourd'hui toute notre attention se concentre à la lecture sur le groupe qu'Euripide a posé avec tant d'art au milieu de la scène : d’un côté, la vieillesse que l'infortune accable; de l’autre, la jeunesse qui regarde venir la mort, les yeux calmes et la tête haute3? Le chœur lui-même est invité à contempler ce spectacle en silence, car le pathétique ainsi conçu ne saurait plus être exprimé dans ses chants. C’est donc l'importance des personnages tragiques qui a déformé cette Parodos, où les vers de l'orchestre sont remplacés par un Duo alterné. De là à faire intervenir l'acteur lui-même dans le premier chant du chœur, il n’y avait qu’un pas. Eschyle l'avait déjà franchi.