DE
LES PARODOI, 13
les plus anciens drames. Plus tard, l'acteur s’en empara, comme on l'a vu dans le Prométhée. En restreignant de plus en plus l'étendue de la Parodos, on ne tarda pas à laisser de côté celte ouverture, et les choreutes qui apparaissaient sans rien dire, se mettaient à chanter dès qu'ils étaient arrivés. Ainsi le lecteur moderne n’est averti de leur présence que par les vers lyriques qu’il rencontre dans le texte, après le Prologue.
Cette simplification se produisit de bonne heure. On peut dire qu'après les Suppliantes et les Perses, le récitatif n'était plus indispensable. Il fallait bien que dans les premiers drames le chœur défilàt dans l'orchestre, puisqu'il était le personnage principal, et que le théâtre athénien n'avait pas de rideau. L’art débutait; la mise en scène, qui n'atteignit jamais à la perfection où elle fut portée chez les modernes, semblait nécessiter cette ouverture. Elle servait à dissimuler une imperfection.
On ne tarda pas à trouver mieux. Dès que le poète disposa de deux acteurs, il put commencer la pièce par des trochées ou des iambes. Le chœur entrait quand le public écoutait le Prologue. Quelque temps encore, on continua d'employer ce défilé orchestique, c’est-à-dire que l'on tira un parti avantageux de ce qui avait été une obligation génante.
Il était pourtant assez malaisé, quand le drame commençait par un Prologue scénique, de faire réciter au coryphée des anapestes qui pussent intéresser les spectäteurs. Dans les tragédies d’Euripide, en particulier, on sait, avant l’arrivée de ce personnage, tout ce qu'il est nécessaire de connaître : le récitatif risquait donc de faire double emploi. Aussi, dans l’Hécube, la Parodos ne revient-sur aucun des faits racontés par l'ombre de Polydore : elle contient un récit comparable à celui des messagers traditionnels.
Au surplus, ce défilé avait un caractère de majesté tranquille, qui convenait surtout à l’ancien drame d’Eschyle et à l’immensité indécise de ses horizons. La passion individuelle paraissait mesquine sur une scène si vaste : le chœur, au contraire, soutenait bien le regard, et son groupement régulier lui offrait un spectacle qu’il pouvait détailler avec complaisance. Quand l'acteur eut pris de l’importance, et qu'aux
1, On pourrait noter quelques exceptions. Dans l’Héraclès, la Parodos ne contient pas d’anapestes, et cependant le chœur marche en là chantant.
hf FORMES LYRIQUES DE LA TRAGÉDIE GRECQUE.
tableaux illimités de l’époque archaïque on eut substitué des études précises et des caractères isolés, les mouvements plastiques des choreutes, leur noblesse un peu froide et leur personnalité flottante furent déplacés en face des luttes fiévreuses de la scène, de ses passions brûlantes et de ses gestes emportés. Eschyle lui-même avait senti la nécessité de modifier sa manière, puisque dans les Sept contre Thèbes, ses choreutes, au lieu d’apparaître en une troupe bien ordonnée, se précipitaient à la débandade et pleins d’effroi dans le théâtre; mais ces transformations ne pouvaient avoir lieu que dans des circonstances particulières. Elles sont en somme assez rares. On préféra le plus souvent supprimer les systèmes anapestiques, et faire chanter des
strophes à l'orchestre, seul, ou aidé par les acteurs.