B. L’ACTEUR INTERVIENT
Il reste à étudier huit tragédies dont la Parodos est encore attribuée à la scène et à l'orchestre. Je n'’insisterai pas sur la forme qui a été donnée à ces sortes de thrènes 2: elle sera expliquée en son lieu. La série de ces altérations étant régulière, on voit aisément à quel genre de composition appartient un Commos, si l’on a soin de le placer près de ceux qui lui ressemblent. Si au contraire on l’isole de ses voisins, on n'y trouve plus qu’un mélange de vers hétéroclites, dont le dessin échappe et dont la disposition reste obscure.
Pour l'instant, il suffira de montrer d’abord que ces Parodoi ne méritent pas le nom qu’elles portent; ensuite, que le rôle de la scène y prit chaque année une importance plus considérable, et que les acteurs finirent par réduire le chœur au silence; enfin, qu'à cause de ces empiétements successifs, la forme lyrique s’altéra de plus en plus. C’est en effet une loi absolue dans le développement du lyrisme de la tragédie grecque, que sa régularité extérieure soit en raison inverse de la part qu'y prend la scène. Les chants orchestiques sont contraires sur ce point à ceux des üroxattai. Cette loi s’est déjà vérifiée dans ce qui précède : l’Iphigénie en Tauride contient une Parodos asymétrique, ‘parce que le protagoniste y joue un rôle. Au contraire, les Parodoi-
1, OEdipe-Roi, g1r. Ce sorit des vieillards, 1117, qui jouissent de la plus haute considération dans le pays, 1223. Cf. Muff, op. cit.; p. 154.
à. J'émploié souvent le mot thrène, comme synonyme du mot Commos: Kouuos CE bpñvoc:.:, dit Aristote dans sa Poétique.
Stasima, que chantent les seuls choreutes, sont toujours formées de strophes jumelles. Il en sera de même dans ce qui va suivre. Les Héraclides, V'Ion et le Philoctète, les deux Électre, l'Hélène et l'Oreste conservent encore, avec plus ou moins d’exactitude et de rigueur, l'équilibre des chants choraux, mais la Parodos de l’OŒdipe à Colone n'est plus antistrophique que dans sa première moitié, bien qu'elle ait été écrite par le plus respectueux observateur des lois traditionnelles de la poésie dramatique. |
«) PARODOI ÉPIRRHÉMATIQUES.
L'épirrhème pouvait être iambique ou anapestique. Dans le premier cas, il est antistrophique, comme la strophe qui le précède. Dans le second, il n’est asservi à aucune règle, et l’antépirrhème ne répond jamais à l’épirrhème, sauf dans certains cas facilement explicables.
Il nous a été conservé une seule Parodos à épirrhème iambique, celle des Héraclides 1. Je n’en dirai que quelques mots, parce qu'à mon sens, le texte a besoin d’une légère correction, dont je ne puis donner ici les raisons 2. Cette Parodos se jouait probablement sur la scène Le lecteur apprend dès les premiers vers que le chœur est arrivé près d'Iolaos. Celui-ci est prosterné aux pieds de l’autel de Zeus. Le coryphée a entendu les cris du vieillard que Coprée brutalise et se hâte d’accourir. Son entrée en scène n’était accompagnée d'aucun mètre spécial. -
Quand l’épirrhème est anapeslique, la construction est fort libre. Les vers chantés seuls se répondent. Les anapestes, au contraire, sont indépendants les uns des autres, et peuvent être supprimés après la strophe ou l’antistrophe, sans troubler la symétrie obligatoire. A cet égard, la Parodos de l’Jon est fort curieuse; malheureusement le texte en est assez corrompu. ‘
La première partie seule, 184-204, nous a été bien conservée. Elle se compose d’une. couple de strophes, que précède une Monodie. Il est à croire que le chœur arrivait pendant les dernières mesures que
2. La distribution des personnages de la partie iniliale de la strophe ne répond pas à celle de l’antistrophe, Cf. infra, chap. IV.
LES PARODOI, 49
chantait le jeune homme. Encore ne peut-on l'affirmer qu'avec hésilation. Les anapestes du fils d’Apollon ne sont formés que de longues accumulées :, et leur pesanteur convient peu à la démarche légère de ces jeunes femmes. En tout cas, la Parodos elle-même ne contient aucun mètre qui puisse régler l'allure des mouvements orchestiques. Les anapestes antépirrhématiques étaient récités par l'adolescent, pendant que le chœur restait en repos.
Les quatre premiers couplets des deux strophes initiales sont attribués avec raison par les éditeurs à chacun des parastates. Les femmes de Créuse s’approchent avec curiosité du temple d’Apollon, dont elles admirent les bas-reliefs. Sans avoir la grâce à la fois humble et souriante du Solo scénique, cette adroite description du temple au lever du jour est un des passages les plus attachants de cette tragédie, dont la beauté consiste moins dans une perfection soutenue, que dans le charme pénétrant de certains Épisodes 2.
On retrouve dans ce qui suit le même pittoresque familier; mais l'incertitude du texte embarrasse un peu le lecteur attentif. Le nombre des xéup27x de la strophe et de l’antistrophe est incertain, et dans les éditions modernes l'équilibre binaire est assez peu exact. Schmidt a supposé qu’il était rompu après le vers 2043. Je ne crois pas que son opinion doive être suivie. Le dernier tiers de la seconde moitié de cette Parodos est trop rigoureusement égal pour que les irrégularités précédentes viennent d’Euripide.
Voici comment il faut grouper le texte. On ne doit pas s'occuper, dans l’antistrophe, comme l’a fait Schmidt, des anapestes scéniques. Ces épirrhèmes récités ne peuvent pas compter dans la mesure des glyconiques chantés qui les entourent. J'adopterais volontiers les légères corrections d'A. Kirchholfé. La strophe comprendra huit cou-
plets, comme l’antistrophe correspondante. Les uns étaient chantés par les deux parastates, les autres, par le seul coryphée5, qui avait le droit
1. Jon : 179-183 : sur cinq éléments, on ne trouve qu’un anapeste dans le parémiaque final, à sa place obligatoire. de
2. Cf. M. Croiset, Histoire de la Littérature grecque, TT, p. 301 sq.