‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 87 sur 230 · B) DES PÉRIODES LYRIQUES · texte numérisé non relu

B) DES PÉRIODES LYRIQUES

La strophe de Pindare, comme l’ont prouvé les travaux de J. H. H. Schmidtr, se divisait en périodes. Ces périodes étaient composées des vers lyriques, que Boeckh a découverts, et ces vers lyriques de membres2, que les Grecs appelaient x&A4. La strophe était donc un organisme très compliqué, formé de la triple combinaison de l'élément primordial, puisque le x&Aov y était d’abord groupé en vers, les vers en périodes, et les périodes en strophes.

Celles des tragiques, bien que construites sur le même plan, sont en général un peu plus simples. Elles se décomposent, il est vrai, comme chez Pindare, en périodes qui sont formées d’un ou de plusieurs vers lyriques, mais ces derniers se confondent assez souvent avec les vers ordinaires de deux x&A43. Cette réduction est proportionnée à la place restreinte qu'occupe le lyrisme dans le poème dramatique.

On connaît les règles d’après lesquelles on distingue les uns des autres les éléments constitutifs de la strophe. Elle peut comprendre plusieurs périodes, mais elle doit toujours finir avec l’une d’elles. Toute période à son tour doit coïncider avec la fin d’un vers. Chaque vers se termine par un mot ayant la syllabe indifférente. Cette syllabe exclut toute élision, et admet tout hiatus avec la suite du texte. La fin de chaque membre, au contraire, n’admet ni hiatus, ni syllabe indifférente, et elle ne coïncide pas toujours avec la fin d’un mot. Elle ne peut guère être fixée que par la symétrie et la comparaison des membres voisins.

Les périodes, composées des x&Ax des vers lyriques, n'avaient pas nécessairement chacune le même rythme dans la même strophe. Autrement dit, le rythme pouvait changer avec chaque période. C’est

1. Ils ont été très clairement résumés par A. Croiset, Pindare, p. 47 sqq.

2. À. Croiset, op. cit., p.54: « Tandis que le vers ordinaire (vers héroïque, trimètre iambique, etc.) comprend toujours deux membres, le vers lyrique en comprend. de un à six; tandis que le vers ordinaire n’associe que des membres ou égaux, ou de forme à peu près semblable, le vers lyrique en réunit de très inégaux et de très différents. »

3. Voir en particulier les vers 5o4 et 515 de l’Electre de Sophocle, cités dans un des exemples qui suivent; ils ne comprennent chacun que deux x&)a de quatre pieds.

4. Il pouvait même changer dans l’étendue de la période. Rien n’est plus fréquent, en particulier, que les périodes iambo-dochmiaques, dans lesquelles le xoÿc Ô6yuuoç ne se décomposait certainement pas en trois iambes, comme on l’a quelquefois prétendu.

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ainsi que la partie initiale ou finale d’un très grand nombre de strophes de la tragédie est logaédique, quand les autres périodes sont écrites dans un autre rythme.

Rien n'est plus ingénieux que le groupement des x&}4 dans l’ensemble de la période: ils reproduisent en miniature le plan général de certaines parties lyriques, et en particulier du Commos tragique. Outre qu'ils sont souvent précédés et suivis de quelques mesures indépendantes, qui servaient de prélude ou de finale, ils pouvaient se répéter dans le même ordre, dans un ordre contraire, ou être disposés autour. d’une partie centrale qu’ils enveloppaient.

Dans chacun de ces cas, la période était palinodique, antithétique ou mésodique. Quelquefois enfin ils étaient tous égaux. Il est fort intéressant de rechercher le dessin de la phrase mélodique, formé par ces membres ainsi harmonieusement assemblés; mais c’est une étude en somme très délicate. Elle a soulevé chez les métriciens une foule de discussions qui ne paraissent pas devoir toujours aboutir à une conclusion certaine.

Les raisons de ces contradictions reposent sur un point unique qui ne sera probablement jamais éclairci. Telle période que les uns regardent comme antithétique, par exemple, passera chez les autres pour . mésodique: c’est que l’on est loin de pouvoir fixer avec précision l'étendue respective de chaque x&hov. Les uns se contentent de quatre pieds où les autres en exigent six. Toute la construction de la période est ainsi mise, chaque fois, en question. Faut-il se fier à la division du manuscrit: ? Elle paraît souvent fort peu rationnelle. Faut-il admettre les théories modernes? Elles sont loin de s’accorder. Faut-il essayer une conciliation? Elle ne contente personne. Ainsi règne sur tout ce sujet une demi-obscurité fort gênante. L’œil ne peut l’'embrasser ni le dominer dans son ensemble, parce que chaque détail est trop peu lumineux. On ne doit donc s’y aventurer qu'avec circonspection. Schmidt a écrit quatre gros volumes pour expliquer le plan des strophes d’Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, d’Aristophane et même de Pindare. Il a été le seul à croire qu'il l'avait partout retrouvé. Une intrépidité si rare inspire toujours quelque méfiance.

1. C’est l’opinion de W. Brambach. (Voir ses Metrische Studien zu Sophokles, Leipzig; 1869.) Ce n’est pas la mienne.

Cet énorme travail n'a d'ailleurs pas été inutile. Il reste prouvé, d'une part, que la périodologie a vraiment existé r; de l'autre, qu'elle continuer longtemps encore d'être un sujet de querelles fastidieuses.

Certaines strophes sont néanmoins construites sur un plan assez accusé pour que l'on puisse les étudier en détail sans trop risquer de perdre sa peine, D'ailleurs, quand on trouve par hasard dans le groupement de leurs parties multiples un accord parfait entre les différents métriciens, c'est une aubaine trop rare pour qu'on ne se hâte pas d'en profiter, Il reste toujours entendu que la plus grande prudence n'est pas superflue,

Dans cette comparaison de la disposition intime des strophes orchestiques, j'ai donc essayé de retrouver les périodes rythmiques dont elles sont formées, J'ai choisi dans chacun des tragiques une strophe iambique», Ge rythme est fréquent, on le sait, chez Eschyle et Euripide. Sophocle, au contraire, l'a peu employé. Aussi ai-je dù me contenter d'une de ses épodes,

AGAMBMNON : 385 — 402. (Antistrophes.)

Biètar d'à tdAava rat0b

roofou}ËRRte desptoc dtas.

dnos D rauudratov. oùx ExodpO, robrer D, pc abokaunèe, aies *

KaxoÏ D yalned tpérev |

+pléwy te ral rpoafodats

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Btxatwels, Èrel

Bet rate roravèv devtv,

+. I semble pourtant qu'il faut faire une distinction que Schmidt, je crois, n'a pas vue, Si les périodes de Pindare sont justifiées par les évolutions symétriques du chœur Lyrique, ces mêmes périodes existent indubitablement dans tous les chants de la tragédie, pendant lesquels le chœur dansait l'Emméleia. Le Stasimon doit done être périodique, Quant aux Chants d'acteurs, ils ne contiennent pas nécessairement de périodes, parce qu'aueun mouvement symétrique ne les accompagnait, — Les évolutions symétriques du chœur pendant le Stasimon nous sont attestées par une scholie d'Kuripide oitée dans le Lehrbneh d'A. Müller, p. s2r, note 4.

2. Ces comparaisons sont très sommaires, Je me suis efforcé de choisir des exemples qui semblent le mieux caractériser la composition de chacun des trois poètes.

$, Toxte de Wecklein-Vitelli,

LES STASIMA.

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dnoVEt ÈV oÙTts

» ÉTRIGTPOPOY TUWY2E

ArTäv Ô

dtuov Kabatcet.

Cette strophe se scande comme il suit: :

Oro U + L Ù — Dre U + U — UE Wie OR U + U — VU Z = De vu + U — L ER le ee U L U = 2 U — LRNMETE U + U — “A Ve HERVE & 22 ve PART U + — L U= bé vE - < U- Fes ES ne + ÙU — sens JL (EE nm Dee (HAS U + U + U — His ei E NU VU Z - M PT aus 3 Parvis re Q - ww — " os see Et = - LU - D A ere te 3

Ce qui donne les groupements :

IOI

Cette strophe est donc formée de quatre périodes. La première à trois membres est mésodique, la seconde de six membres est antithétique, la troisième est semblable à la première. Suit la clausule logaé-

1. Cf. Rossbach et Westphal, Griechische Metrik, 3° édition, p. 268 sq.

dique. Quant à la dernière période, qui est composée de quatre côla logaédiques égaux, elle constitue une sorte de refrain rythmique, qui

se retrouve uniformément après chaque strophe de ce Stasimon.

Sophocle, ELecTRE : 504 — 5151.

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Westphal et Gleditsch trouvent ici trois périodes de 4, 4, 6, de 4, 4, 4, 4, et de 6, 4, 4 éléments; c’est-à-dire que la disposition de la première est reproduite en sens inverse dans la troisième, et que la seconde est formée de quatre éléments égaux.

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1. Voir R. et W., p. 300 sq. — H. Gleditsch, Cantica, p. 48. — On peut comparer Schmidt, Die antike Compositionslehre, p. XXX.

2. Texte de Nauck. Pour la scansion, j'ai suivi R. et W., p. 294 sq., et Schmidt, Monodien und Wechselgesänge, CDLXX sq. La

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