WI VU — LV L
Suite ininterrompue de tétrapodies iambiques que termine un ithyphallique. Les dissolutions des temps marqués abondent, et la correspondance antistrophique n’est pas très exacte, comme on peut s’en convaincre, en essayant de faire cadrer la scansion de cette strophe avec celle de l’antistrophe.
. Il résulte de cette comparaison que la périodologie d’Eschyle, de Sophocle et d'Euripide diffère autant que les formes lyriques dont ils se sont servis. Le dessin intérieur de la strophe s’harmonise avec le dessin extérieur du poème dans lequel elle entre, et les unités avec l’ensemble que forme leur agrégation.
1. L'u de ypoeoc est quelquefois abrégé dans les parties lyriques de la tragédie. Dans le morceau de Sophocle qui précède, il conserve sa véritable quantité; ici il est bref; cf. Médée, 633. Cet abrègement se retrouve chez les poètes de l’Anthologie; cf, H. Ouvré: Quae fuerint dicendi genus ratioque metrica apud Asclepiaden, Posidippum; Hedylum, p. 90.
Eschyle aime avec ses larges périodes à préluder à l'harmonie plus large encore de ses constructions. Les unes font entrevoir les autres: les dimensions de ses matériaux sont proportionnées à celles de ses édifices. Il se plaît ainsi à donner aux strophes d'un même Stasimon une forme analogue, de sorte qu’elles se ressemblent toutes et qu'elles ont un même air de famille.
Sophocle est plus court qu'Eschyle: il n’a jamais atteint à la puissance architecturale de son prédécesseur. Il sait encore compliquer la trame de ses périodes, et entrelacer comme dans un tissu ses pensées et ses vers; mais avec une discrétion exquise, il cherche plus à dissimuler leur symétrie qu'à la faire ressortir. Il restreint aussi l'ampleur de son lyrisme, pour donner à ses tragédies plus d'unité et de cohésion. Les lourdes masses du chœur eschyléen ne lui conviennent plus : elles font trop saillir les muscles de celui qui les soulève dans un effort violent ; il préfère garder une attitude reposée et souriante.
Euripide ne possède déjà plus l’art si parfait de Sophocle, et rien ne lui est plus étranger que le lyrisme choral d'Eschyle. La forme antistrophique lui déplaisait. Comme l’inexpérience des choreutes lui interdisait de la rejeter du Stasimon, il la conserva malgré lui, mais il la négligea. Ces éléments de quatre pieds se suivent et se répètent avec une monotonie lassante. La strophe que ses prédécesseurs avaient revèêtue d'une enveloppe si flexible se tendait au souflle de leur inspiration, qu'elle suivait dans tous ses caprices; chez Euripide, elle a déjà perdu son élasticité, c’est un organe vieilli dont les tissus commencent à s’ossifier r. Cette décrépitude prématurée alla toujours en s’accusant: on peut voir dans les chœurs de Sénèque où elle aboutira.
Je ne dirai qu'un mot de la liberté avec laquelle chacun de ces trois poètes a traité le mètre dont il se sert. On voit que chez Eschyle la pureté de l'iambe est absolue. Sophocle, en admettant le dactyle au premier pied, se met dans un état d’infériorité notable vis-à-vis d’Eschyle et mème d'Euripide. Les tribraques de ce dernier sont réguliers ; leur multiplicité seule est choquante: ce pied a la même valeur que l'iambe, dont il est la monnaie exacte.
1. Il a beau, comme toujours, multiplier les brèves, ce procédé ne sert qu’à donner à ses iambes une allure saccadée et sautillante, Aristophane s’en est Houne dans les Acharniens, 1191.
LES STASIMA. 10