‹ Théorie des genres littérairesChapitre 11 sur 45 · DISTINCTION DES GENRES · texte numérisé non relu

DISTINCTION DES GENRES

et telle scène A^Andromaque, prise isolément, ne serait pas déplacée dans la haute comédie ; telle autre renferme de courts fragments épiques (i). L'élégie filtre à travers certains passages de Phèdre (2). Cette pénétration des genres, les uns dans les autres, est un trait de ressemblance avec la réalité que l'art ne doit jamais perdre de \ue. Ainsi l'homme qui raconte, mêle souvent à son récit une noie attendrie ; et, dans les plus grandes crises, il y a des moments de calme. Mais Racine est attentif à ne pas laisser les récits épiques ou les effusions lyriques, s'étendre aux dépens de la tragédie, à la différence de Hugo qui donne libre carrière à son imagination ou à sa sensibilité. De même, quand la comédie dérive vers le drame, Molière sait, à l'aide d'un mot ou d'une phrase plaisante, nous ramener soudain dans le monde du rire.

L'unité d'impression. — Molière et Racine, en véritables artistes, n'ont jamais méconnu le principe de Vanité d' impression ^ règle suprême et absolue. Il faut, en effet, que le spectateur, au sortir du théâtre, emporte un sentiment dominant, triste ou gai, tragique ou comique, parmi les sentiments de toute sorte qu'il a pu éprouver. Or, cela n'est possible que si une œuvre appartient à un genre nettement défini. Il y a, entre celle-ci et l'impression produite, une relation de cause à effet.

(i) Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle

Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle...

(Acte III, se. VIII.) (2) Dieux! quenesuis-je assise à l'ombre des forêts!

Ariane, ma sœur! de quel amour blessëe Vous mourûtes au\ bords où vous fûtes laissée!

(Acte I®^ se. m.)

14 NOTIONS PBÉUMINAIRES.

Allons plus loin. Si les anciens classaient les genres poétiques d'après leur forme métrique, ne restet-il pas vKai, encore aujourd'hui, que chaque genre a son style à part, que le style du théâtre n'est pas celui du lyrisme, que Thislorien n'écrit pas comme parle l'orateur? Pour l'avoir oublié, Fénelon et La Bruyère ont reproché à Molière, Tun, ses métapho*res incohérentes et son galimatias, l'autre, son jargon et ses barbarismes. Cependant, Molière avait eu soin de nous prévenir qu'il faut juger d'une pièce, no» à la lecture, mais « aux chandelles ». Sur la scène, en effet, chaque personnage parle le langage de sa condition et de sa passion, langage qui ne ressemble pas à celui d'un académicien sous la coupole de l'Institut, ou à celui d'un écrivain alignant soigneusement ses phrases, dans le silence du cabinet.

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