DEFINITION DES GENRES
tristesse, joie, colère, qui s'épanche en vers. La composition en est impalpable et cachée ; le sentiment s'y déroule en sinuosités et en arabesques, qui semblent exclure tout ordre apparent. Elle exige, comme faculté dominante, la sensibilité.
Le théâtre exclut les événements multiples, les personnages nombreux de l'épopée, et les effusions du lyrisme. Il offre des peintures et des oppositions de caractères. Point d'épisodes, point de longues rêveries sentimentales ; mais une composition sévère, une action rapide et ramassée, qui, par une progression continue, aboutit au dénouement (i). Ajoutez un style d'une ligne nette et ferme plutôt que d'un coloris brillant et riche, instrument d'analyse et de précision plutôt que brosse à fresques. Le poète dramatique, au rebours du lyrique, saura se dédou^ bler, sortir de lui-même pour laisser ses personnages vivre de leur vie propre, chacun avec sa physionomie distincte. Il sera homme de sensibilité et d'imagination, sans doute, puisque, pour peindre les passions, on doit pouvoir les éprouver soi-même et que, pour animer des personnages sur la scène, on doit être, à un certain degré, un voyant. Mais sa qualité maîtresse sera .cet esprit sagace qui pé nèlre les secrets du cœur humain et perce les mystères de l'inconscient.
Quant au poète didactique, sa marche est grave et régulière. Son imagination relève et féconde un sujet souvent ingrat. Il a l'industrie du détail et sait graver une pensée en médaille dans un vers bien frappé.
(i) Nous parlons ici du genre tragique arrivé à son apogée, dans Racine. Il est autre dans Eschyle, à ses origines.
On voit quelle opposition existe entre les genres littéraires. Les Grecs l'avaient si bien compris que, chez eux, chaque genre poétique avait sa métrique et sa versification. L'hexamètre était le vers de l'épopée; la strophe caractérisait la poésie lyrique; ï'iambe était le mètre ordinaire du dialogue, dans la tragédie et la comédie.
Les genres littéraires présentent une certaine analogie avec les espèces, genres^ familles, etc., qui, en histoire naturelle, sont des groupes d'individus aux caractères semblables, par où ces individus se classent dans une catégorie spéciale, et, en même temps, se séparent d'autres groupes ayant des caractères différents. Ainsi les poissons ont une constitution commune, qui les fait ranger sous une même dénomination; mais leur organisation n'est pas celle des oiseaux qui forment une classe à part. Les oiseaux, à leur tour, ont des traits généraux, par où ils se distinguent des mammifères.