‹ Théorie des genres littérairesChapitre 7 sur 45 · EVOLUTION DES GENRES · texte numérisé non relu

EVOLUTION DES GENRES

l'action des différentes civilisations et du génie. La doctrine de révolution tâche à relier entre elles ces métamorphoses, à montrer comment elles sortent les unes des autres et à découvrir la continuité sous la succession, l'unité sous la diversité. De même que le naturaliste prend le chêne dans le gland et en suit le développement jusqu'au moment où il devient un arbre géant; de même le critique étudie un genre depuis ses origines jusqu'à son entier épanouissement et à sa mort, quand il lui arrive de cesser de vivre ; car la littérature a aussi ses fossiles. On peut considérer sous trois points de vue révolution en littérature : i** évolution de chaque genre, pris isolément ; 2° ordre de succession ou d'éclosion des genres ; 3** transformation des genres : une espèce qui périt donnant naissance à une ou plusieurs autres.

Article I®^ — Kvolation de cbaqae genre.

C'a été Terreur de Boileau et de la critique, au dixseptième siècle et au dix-huitième, de considérer les genres comme des moules rigides et des types fixes, immuables, qui s'organisent, un beau jour, de toutes pièces, et ne subissent, dans la suite, aucun changement.

Aujourd'hui, grâce à la méthode historique (i),

(i) C'est la méthode quiëtudie les faits dans leur complexité, pour en déduire ensuite certaines lois générales; elle s oppose à la méthode dogmatique qui part d'une idée préconçue, d'un système à priori, et cnercde à y plier les faits tant bien que mal.

La méthode historique « juge les écrits, moins en les soumettant au goût particulier du critique, qu'en les étudiant dans le milieu et les circonstances pour lesquelles ils furent composés » . (Petit de Julleville, Hist. de la litt,)'r,^ p. 262.)

6 NOTIONS PRÉLlMÏNAtRES.

appliquée à la littérature, on a reconnu que chaque genre évolue, c'est-à-dire qu'après une époque primitive de chaos et d'indétermination, il se différencie de ses voisins, avec lesquels il était mêlé et confondu; il se constitue et vit de sa vie propre, atteignant son point de maturité et de perfection, pour tomber ensuite en décadence. Ceï*tains genres, comme Tépopée, finissent par disparaître complètement, ne trouvant plus de milieu où se développer. C'est ainsi que nous trouvons dans certains terrains et dans certaines contrées, des espèces végétales ou animales disparues de nos jours.

La tragédie est un exemple remarquable de cette évolution. Elle a ses origines dans le dithyrambe grec, chant lyrique qui comprenait, outre la tragédie en germe, vie de Dionysos, un triple élément narratif, lyrique et comique par la présence des satyres. Chez Eschyle, elle se purge de l'élément comique, mais reste encore épique et surtout lyrique. Le drame y est comme étouffé entre deux genres voisins. Chez Sophocle, la partie épique et lyrique se restreint considérablement, au profit du drame. Le dialogue se rapproche du langage de la conversation. Avec Euripide, le chœur n'est souvent qu'un brillant hors-d'œuvre, cousu a la pièce pour &e conformer à la tradition : tout l'effort du poète porte sur le pathétique. Nos classiques. Corneille etRacine, élimineront de la tragédie le double élément épique et lyrique. Après eux, quelles métamorphoses n'a-t-elle pas subies, passant par le drame romantique pour aboutir aux pièces de Dumas fils?

Il y a plus. Avec le temps, les genres se subdivisent en sous-genres. Non seulement la comédie se sépare de la tragédie; mais elle se ramifie à son tour

Page 1