Théorie des glaciers de la Savoie
J'avais presque renoncé à la publication de cet ouvrage , qui est achevé depuis près de deux ans , quand j'ai vu paraître la Notice sur les Glaciers, etc. de M. Ch. Godefroi. La seule vue de ce titre a suffi pour me faire changer en résolution déterminée ce qui n'était encore qu'une hésitation. J'ai lu le travail de M. Godefroi , et en le finissant , j'ai dit : ma théo*rie paraîtra ; tout imparfaite qu'elle soit , les systèmes
de M. Godefroi la rendent nécessaire. Ce savant n'a rien dit des phénomènes les plus curieux que présentent les glaciers. Les crevasses , leur profondeur , leur forme , les puits , les fentes , les rubosités de la surface , la forme convexe des glaciers , la vitesse de l'écoulement des glaces , les rochers revomis par le glacier , tout cela reste à examiner ; la question est presque encore toute entière. Ce n'est pas tout, le système imaginé par M. Godefroi pour expliquer la formation des moraines, me paraît tellement contraire à l'observation et à la nature même des moraines, que je crois nécessaire de remettre sous les yeux des naturalistes les explications déjà données par d'autres , en les rendant plus évidentes par de nouvelles observations , et je dirai même par l'impossibilité de la cause assignée par M. Godefroi.
Avant de visiter les glaciers , j'avais étudié tout ce que les physiciens , les naturalistes et les voyageurs avaient écrit sur ce grand phénomène de la nature. Je n'avais que provisoirement admis les explications qu'ils donnaient sur toutes les particularités qui l'accompagnent; mais dès l'instant où j'ai pu voir par moi-même les principaux glaciers qui entourent le Mont-Blanc , ceux du Valais et du St-Plon , j'ai cru reconnaître que tout n'avait pas été observé , et que les causes assignées aux phénomènes n'étaient pas toujours vraies.
Si les voyages de Saussure avaient eu pour Lut la connaissance spéciale des glaciers , ce savant observateur n'aurait rien laissé à dire à ceux qui viennent après lui ; mais comme il n'en parle qu'accidentellement, il n'est pas étonnant que l'on puisse revenir sur un sujet qui pourtant lui doit beaucoup , comme on le verra par les secours que m'ont fourni ses ouvrages et par les citations nombreuses que je serai forcé d'en tirer.
C'est au glacier des Bois , sur la mer de glace, au glacier des Bossons , à celui d'Argentière que mes observations principales ont été faites. C'est donc là que le lecteur devra se reporter pour arriver plus facilement à l'intelligence des causes que j'assignerai aux divers phénomènes. Je sais que la nature est aussi immense dans sa variété que dans son étendue ; mais elle est toujours semblable à elle-même dans la production des phénomènes identiques. Ceux qui se montrent à nous comme des anomalies , ne semblent sortir de la simplicité des lois connues que par la complication des causes , les accidents du soi , la position relative, etc....
L'ensemble des faits qui se rencontrent sur les glaciers m'a paru d'une grande simplicité ; ils découlent presque tous les uns des autres , et se déduisent évidemment des connaissances que nous fournissent les lois de la physique. Mon unique but en consignant
mes observations dans une théorie que je cherche à rendre aussi complète que mêle permettra la faiblesse de mes lumières , est de mettre l'étude des glaciers à la portée de tout le monde. Alors même que les explications que je donnerai ne seraient pas regardées comme incontestables par les savants , je croirais encore n'avoir pas été inutile à la vérité en ajoutant aux éléments qui doivent aider à la trouver ; et si les moments que j'ai consacrés à ce travail étaient inutiles pour les autres, ils ne le seraient pas pour moi; l'étude de la nature rend toujours meilleur celui qui la contemple avec un esprit juste et un cœur droit et désintéressé ; c'est une des mille voies qui conduisent à Dieu. Oui , c'est se placer dans la nécessité de le louer que de chercher à connaître son action journalière dans l'administration de ce vaste univers qui est son ouvrage. — Ignis, grando , nix , glacies, spiritus proceilarum quœ faciunt verbum ejus . . . laudent no— men Domini. Ps. 148.