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DES GLACIERS EN GÉNÉRAL

Quand la hauteur des montagnes dépasse dix à onze mille pieds au-dessus du niveau de la mer , leur sommet reste ordinairement couvert de neige pendant

toutes les saisons. Cette neige plus ou moins durcie parle temps , prend l'aspect , la dureté , et quelquefois la couleur de la glace , et l'on donne à l'ensemble le nom de glaciers.

Pourtant , dans l'usage ordinaire , on donne plus particulièrement le nom de glaciers aux parties qui descendent au-dessous de la région des glaces , et viennent se montrer au milieu de la végétation des hautes vallées. Il est donc nécessaire de distinguer deux espèces de glaciers. Je donnerai le nom de glaciers-réservoirs à ceux des régions supérieures , où la formation doit être continue, parce que la température de ces lieux est habituellement au-dessous de zéro. Pour ceux qui descendent dans la région végétale où la fusion des glaces et des neiges s'opère pendant une partie considérable de l'année , comme ils ont évidemment une autre origine que les premiers , je les appelerai glaciers d'écoulement.

On sent qu'il serait difficile , pour ne pas dire impossible , d'établir avec précision la ligne qui sépare ces deux régions. Du point où la fusion est nulle jusqu'à celui où elle est précisément suffisante pour faire disparaître pendant l'été toute la glace ou toute la neige qui s'est accumulée pendant l'hiver , il y a plusieurs zones de température diverse , mais dans aucune la chaleur n'est en excès sur le froid. De même depuis le point de fusion totale jusqu'à celui

de la végétation de la vigne, par exemple , il y a aussi plusieurs zones de température diverse , et dans aucune le froid n'est en excès de manière à rendre la neige ou la glace perpétuelle. Cette ligne intermédiaire que l'on a continué d'appeler limite des neiges perpétuelles , ne saurait être toujours en rapport direct avec l'élévation verticale ; elle s'élève ou s'abaisse d'après plusieurs circonstances qui ne sauraient être les mêmes partout. La pente du terrain relativement au soleil, la forme et la nature du sol, le degré de latitude , l'élévation du plateau général sur lequel repose la montagne peuvent apporter de grandes différences dans sa position. Je vais placer ici le tableau des sept régions alpines tel que l'ont tracé les naturalistes. La vigne s'élève jusqu'à 1,700 pieds au-dessus du niveau de la mer , la région des cbênes jusqu'à 2,800 pieds , la région des hêtres jusqu'à 4,000 pieds , celle des conifères jusqu'à 5,500 pieds , les graminées jusqu'à 6,500 pieds et plus. A 7,500 pieds oo trouve dans le milieu de l'été des amas de neige isolés , et le sol est découvert partout où il n'est pas abrité du soleil ; c'est là que se trouvent les plantes hyperboréennes. Enfin au-dessus de 8,000 pieds viennent les glaces éternelles. Celte limite me paraîl même , pour les Alpes , placée trop bas ; car tous les voyageurs conviennent qu'à cetle hauteur et même au-dessus on rencontre encore des saxifrages , des

gentianes, des chrysanthèmes et quelques autres plantes des climats hyperboréens ; il s'ensuit que si cette zone n'était nullement dominée , il y aurait dans l'été quelques jours où elle serait entièrement dépouillée de neige. Il faut donc porter un peu plus haut la limite des neiges perpétuelles 4 je la suppose à 9,000 pieds. C'est là que se trouve la ligne de séparation entre les ■glaciers-réservoirs et les glaciers d'écoulement.

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