UTILITÉ DES GLACIERS
L'intelligence qui reluit partout à côté des œuvres de la nature , a placé son sceau sur les glaciers aussi
bien que sur la plaine fertile qui se couvre de moissons. Le globe entier a été disposé dans ses mouvements et dans ses formes de manière à conserver et à reproduire la vie que le souffle divin a laissé tomber dans le monde. Le feu, l'air et l'eau sont pour tous les êtres organisés une condition première de vitalité , et l'admirable combinaison qui les ramène toujours pour des besoins qui renaissent toujours , réfléchit la pensée divine sur la pensée créée. Le feu qui accompagne l'astre du jour , le feu qui jaillit sur la terre remonte vers les astres et revient à nous ; l'air qui se consume , s'absorbe et se recompose ; l'eau qui voyage sans cesse autour du globe , n'est-ce pas le flux et le reflux de la vie ? « Bénissons l'Eternel qui a suspendu des amas d'eau au-dessus des montagnes , afin que par cette disposition de sa sagesse la terre fut arrosée. » Ps. 103, vers. 13.
Si les eaux que les pluies et la condensation des vapeurs apportent sur la terre se remettaient immédiatement en voyage pour rentrer dans le bassin des mers , la terre passerait subitement de l'inondation à la sécheresse , et resterait souvent des mois entiers sans cet élément dont elle ne peut se passer un seul jour. Le suprême ordonnateur a pourvu à cette nécessité , et les sources , les ruisseaux et les fleuves , images de sa Providence, couleront toujours. Deux moyens ont été mis en œuvre pour relcnir les eaux
sur les sommités du globe , et de là les laisser couler avec uue sage parcimonie , afin que les provisions puissent suffire à la longueur de la disette. Les eaux des pluies et des vapeurs condensées se rassemblent dans les cavités des montagnes , s'échappent par les fissures des rochers , et vont couler le long des vallées ; ou bien encore les eaux courent en abondance se durcir sur les points culminants de la demeure de l'homme , et en se fondant lentement pendant la saison de la sécheresse , entretiennent les sources et les rivières. Des physiciens récents ont avancé que les pluies et la fonte des neiges n'étaient presque pour rien dans l'entretien des sources , et qu'elles étaient dues entièrement à la condensation des vapeurs. Ces naturalistes de cabinet n'ont pas vu la nature chez elle; s'ils venaient passer quelques années dans nos montagnes, ils verraient combien est grande leur erreur. C'est là qu'il faut venir pour étudier tous les phénomènes qui se rattachent aux écoulements naturels des eaux. ïl n'est pas une montagne qui n'ait à ses pieds ou le long de ses flancs une multitude de sources dont il est pour l'ordinaire facile d'assigner l'origine. !1 en est qui commencent à couler quelques heures après la pluie , et qui tarissent plus ou moins rapidement à raison de leur abondance ; il en est qui ne coulent que pendant la pluie , parce qu'elles n'ont aucun réservoir pour réunir les eaux ; il en est qui tarissent
après un mois, deux mois, trois mois de sécheresse, selon la capacité du réservoir qui les alimente ; mais toutes ne recommencent à couler qu'après les pluies , et leur cessation à lieu précisément dans le temps où la condensation des vapeurs doit être plus abondante. Au pied des montagnes de neiges perpétuelles il y a beaucoup de sources qui ne jaillissent que pendant l'été , parce qu'elles doivent infailliblement leur origine à la fonte des glaciers. Enfin, il suffit de voiries sources, les torrents, les rivières pendant la saison des chaleurs et des sécheresses, pour rester convaincu que les glaciers ne sont que des magasins de prévoyance ouverts aux besoins des êtres organisés. « (Bénissons l'Eternel) qui a ordonné aux sources de couler au fond des vallées, et qui a prolongé leurs cours entre les sinuosités des montagnes. » Ps. 103. vers. 11.