‹ Théorie des glaciers de la SavoieChapitre 20 sur 22 · ÉCOULEMENT DES EAUX · texte numérisé non relu

ÉCOULEMENT DES EAUX

Pendant l'été , les eaux de fusion sont abondantes , comme il est facile d'en juger par la crue des rivières qui descendent des montagnes couvertes de neiges. Quand on parcourt le glacier des Bois , on admire au fond de chaque crevasse un petit ruisseau d'une eau limpide et fraîche , qui paraît couler sur une surface

d'émeraude. Ces eaux arrivent sur les bords du glacier , se perdent à travers les cailioux de la moraine , et vont se réunir sous les glaces au fond de la cavité qui les contient. D'autres eaux y arrivent par les ouvertures qui pénètrent jusqu'au fond du glacier , et enfin des sources , des cascades tombent aussi sur la rive du fleuve glacé et prennent la même direction ; de sorte que l'on est certain qu'il y a une rivière souterraine qui coule sous toute l'étendue du glacier, et qui ne se manifeste qu'à son extrémité inférieure. Il serait curieux de connaître la forme et l'élévation de ces voûtes qui n'ont jamais retenti que du fracas du torrent qu'elles cachent. Sans compter pour rien l'effet de la chaleur centrale , les vapeurs humides devraient ce me semble rapidement corroder les glaces et agrandir indéfiniment cette cavité ; cependant il faut bien que cela ne soit pas , puisqu'il n'y a jamais eu , que je sache, des éboulements de la surface vers le fond ; mais ce qui ne se voit pas au glacier des Bois , se voit ailleurs assez fréquemment. Dans un Mémoire publié en 1825, M. Blanc, chanoine de St-Maurice en Valais , cite des catastrophes de cette nature. En parlant des glaciers sous lesquels il y a des courants d'eau , il dit : « Comme la voûte est ordi- « nairement très-surbaissée et très-étroite , dans les a crues d'eau elle est souvent atteinte toute entière « parce liquide. îl s'y produit parfois des atfaisse-

« roeiits qui forment des brèches considérables. C'est

« ainsi qu'il s'est formé l'an passé au glacier de « Breney , une énorme brèche qui a été presque « doublée cet été.

« Ces causes de destruction n'existent pas dans « les endroits où le glacier repose immédiatement « sur le sol. Aussi remarque-t-on que quand des

« amas de neige ou de glace recouvrent des rivières, « en formant sur les bords et sur l'eau une épaisseur

« à peu près égale , c'est toujours sur le courant de « l'eau que cette neige et cette glace disparaissent « d'abord , et souvent toute la rivière est mise à jour « tandis qu'il y a encore sur les bords des restes con- « sidérables de neige ou de glace. »

îl est étonnant qu'après avoir indiqué des faits si concluants pour démontrer le pouvoir dont jouissent les courants d'eau pour opérer la fusion des glaces , l'auteur de ce Mémoire n'ait écrit que pour contester l'efficacité des moyens appliqués par M. Venetz à la destruction d'un glacier.

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