AVERTISSEMENT
Les amis de Fédor Thoman savent combien peu il recherchait la renommée et le succès. Trës-habile géomètre et familiarisé avec les théories les plus élevées» il se laissait prendre volontiers pour un simple calculateur» supérieur seulement par la rapidité et la sùrelé de ses opérations logarithmiques. Thoman cependant avait reçu une éducation brillante, solide et extrêmement variée : écrivant et parlant presque toutes les langues de l'Europe, il n'était étranger à aucune science» et son érudition imprévue a étonné plus d'une fois ceux qui» le connaissant depuis longtemps» découvraient tout à coup» sur un terrain nouveau, la sûreté tout ensemble et la vaste étendue de son savoir.
Lorsque les circonstances lui imposèrent à l'improviste la nécessité d'utiliser pour vivre une instruction acquise pour satisfaire sa curiosité et orner son esprit» Fédor Thoman mit d'abord en défiance les amis les plus disposés à le servir» en leur disant» de l'air le plus simple» qu'il désirait trouver des élèves et leur enseigner tout ce qu'ils voudraient apprendre» dans les lettres» dans les langues vivantes» en Histoire et en Géographie» dans les sciences mathématiques et physiques, il n'exagérait rien cependant» et Thoman» sur tous ces sujets» pouvait donner de bonnes et sérieuses leçons.
Il rencontrait toutefois, pour chaque genre d'études, des concurrents mieux préparés à renseignement, et ne se faisait connaître que lentement. Pour Texécution des calculs numériques, la connaissance des théories arithmétiques et le choix des formules résolvant les problèmes les plus complexes, il se montra, au contraire, tellement supérieur, que dans le monde financier, à l'étranger aussi bien qu'en France, dans les administrations publiques comme dans les bureaux des banquiers, il acquit rapidement la confiance de tous. Malgré sa merveilleuse facilité et en y consacrant tout son temps, il lui fut impossible bientôt de rendre tous les services qu*OD sollicitait de lui.
L'Ouvrage que l'on publie aujourd'hui est le résumé de ce labeur sans cesse renaissant qui semblait lui plaire plus qu'aucun autre; il offre à tous, en entrant dans les plus minutieux détails, le fruit précieux de sa longue expérience.
La première édition a été écrite dans la langue anglaise et imprimée à Cambridge aux frais de l'Université {*); elle a obtenu tout le succès auquel puisse prétendre un ouvrage de ce genre, celui d'être employé par les hommes pratiques et d'être recherché comme un guide précieux, presque indispensable, pour leurs opérations de chaque jour.
M. Gaulhier-Villars, en donnant au public français la traduction de M. l'abbé Bouchard, rend un véritable service aux calculateurs de notre pays, dont bien peu jusqu'ici ont eu l'occasion de connaître l'édition originale.
Après avoir donné, sous une forme nette et précise, en y joignant leur démonstration, les formules qui résolvent tous
(*) Theory of compound interest and annuities wich logarichmic Tables, by Fedok Tbomam. LondoD, John Wcale, Sg, High Holborn; i83g (Cambridge : Printcd by G. Clay M. A. at the University press).
les problèmes rencontrés par lui dans sa longue pratique de calculateur des opérations financières, Fédor Thonian les éclaircit par de nombreux exemples, et en simplifie l'emploi de manière à faire disparaître souvent tout travail, par le moyen de deux Tables dont l'usage, très-facile et très-clair, permet de résoudre un grand nombre de problèmes en apparence complètement distincts.
En présence de ces pages si simples et si nettes^ plus de détailâ seraient inutiles. Thoman a écrit pour les hommes pratiques. Mieux que personne il connaissait leurs besoins et savait se mettre à leur portée. Si quelques-uns d'entre eux, un peu brouillés avec l'Algèbre, trouvent au début quelque difficulté dans l'emploi d'une langue qui ne leur est plus familière, ils peuvent être assurés qu'un peu de persévérance la fera bientôt disparaître, et ils trouveront, pour leur tâche quelle qu'elle soit, un secours aussi sûr que judicieux et simple.