‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 100 sur 110 · DE LA RICHESSE. 3'] X · texte numérisé non relu

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connaissance de cause: autrement cet échange ne se ferait pas; il n'v aurait point de motif pour le faiio. Sous ce point de vue , les deux parties contractantes ont un bénéfice égal , puisque chacune d'elles cède ce qui lui convient moins pour acquérir ce qui lui convient mieux. A chaque transaction de celte espèce, il y a deux masses de jouissances nouvelles.

Mais quoique tout commerce soit avantageux, tel commerce peut être plus avantageux à l'une des parties qu'à l'autre. Il est plus avantageux à vous qu'à moi , si pour une chose qui ne vous a coûté qu'un jour de travail, vous obtenez de moi une chose qui m'en a coûté deux. La balance réelle du commerce est la quantité de travail reçu par-delà le travail donné en échange

Il n'est pas besoin d'examiner ici à quel point le sol, le climat, la position, les circonstances naturelles, peuvent donner cet avantage à un état sur un autre, puisque cette connaissance ne peut guère influer sur la pratique. 11 est plus important d'observer qu'on peut l'accjuérir jusqu'à un certain degré par art, et que la supériorité de la main d'œuvre ou des instruments est une espèce de monopole qu'établit la fortune en faveur du génie. La plupart des découvertes dans les art sont des victoires sur le temps. Plus il y aura dans un état d'inventions nouvelles dont le produit passe

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dans Fétranger , plus la balance réelle de son commerce lui sera favorable. Les avantages de la dexte'rité sont plus durables que ceux de la science. Les de'couvertes chimiques se répandent; l'industrie des ouvriers du Bengale leur sera peut-être particulière pendant des siècles. Les grands politiques admirateurs du commerce étranger le considèrent surtout comme un moyen d'obtenir une balance en or ; les échanges qu'il faudrait payer en métaux précieux leur paraissent défavorables , et ils se hâtent d'intervenir pour les empêcher. Si un marchand veut envoyer des espèces monnayées de Londres à Paris , c'est pour faire un paiement qui lui coûte moins de cette manière que de toute autre. Le politique est plus fin que cela: il ne veut pas qu'on fasse ce gain; car gagner serait perdre. Empêcher le profit de chacun est le moyen qu'il a découvert pour prévenir la perte de tous. Le voilà tout occupé à entasser mesures sur mesures pour empêcher la sortie du précieux métal. Réussir serait un très grand malheur, mais c'est ce qui n'arrive guère. L'insuccès, en diminuant le mal, double la sottise. Je dis en diminuant le mal , car il ne disparaît point entièrement. 11 y aura, par exemple, plus ou moins de frais de lapait du gouvernement pour faire exécuter la loi, plus ou moins de vexations, plus ou moins de gêne, plus

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ou iiuiins do parUculicrs punis pour avoir rendu service à létal : on s'accoutume à éluder les défenses , à tromper le gouvernement. L'argent s'avilit plus ou moins: le prix de la main d'œuvre hausse à proportion ; l'exportation des choses manufacturées diminue. Voilà ce qu'on a vu en Portugal et en Espagne ; encore sont-ils trop heureux de ne réussir qu'à demi. Accordez à Miilas son i^ouhait , il va mourir de faim sur un monceau d'or.

En recommandant la liberté du commerce, je suppose l'esprit des commerçants dans son bon sens ordinaire ; mais il y a eu des temps oii il a été comme en délire , par exemple , l'époque du système en France, et du projet duy>/mw.çzyy« en Angleterre. Les autres états auraient eu raison de chercher à détourner leurs concitoyens d'acheter la fumée que vendait Law, ou les actions chimériques de la mer du Sud. Comparez ceci avec ce qu'on a dit dans le chapitre précédent de l'émigration. En posant des règles générales, il ne faut pas oublier les cas fortuits oX passagers.

Ce qu'on a dit des métaux précieux est vrai de tout autre objet de commerce, sous le point de vue de la richesse générale. Il ne saurait y avoir incompatibilité entre la richesse de chacun et la richesse de tous ; mais il n'en est pas de même pour la subsistance et la défense. Les particuliers

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pourraient trouver leur profit individuel dans des opérations commerciales qui seraient en opposition avec la subsistance de tous et la défense de tous. C'est là surtout ce qui pourrait arriver à un petit état dans le voisinage d'un grand. Etablissez dans le petit état une liberté illimitée de commerce , le grand pourrait le ruiner à force d'or. En cas de disette il pourrait acheter tous ses vi- \Tes ; aux approches dune guerre , il pourrait acheter toutes ses armes.

La conduite à tenir pour s'assurer les moyens de subsistance et de défense se modifie à Tinfini, à raison de la position , du sol, du climat, de l'étendue du pays dont il s'agit.

La grande difficulté, par rapport à la .subsistance , est de subvenir à la différence entre les bonnes et les mauvaises récoltes. Si le produit est inférieur à la consommation , l'inconvénient est palpable ; s'il est plus grand, l'abondance avilit le prix , le cultivateur se ruine ou se décourage, et l'excès peut être suivi de la disette. Pour ramener Tégalité, les uns ont profité des années de surabondance pour faire des magasins publics, les autres ont encouragé la culture autant qu'ils ont pu, en se fiant aux besoins de l'étranger pour écouler l'excédant. A en juger par le raisonnement seul, le premier parti vaut mieux pour enchaîner les événements; à en juger par les fait^»

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