CHAPITRE XIV
ABOLITION DU TAUX FIXE DE l'iNTÉRÈT DE l'aRGENT DANS LES ENTREPRISES COMMERCIALES.
S'il peut convenir au législateur d'encourager rindustrie inventive par des récompenses factices , à plus forte raison ne doit-il point opposer d'obstacles à l'affluence des récompenses naturelles.
La récompense naturelle , avons-nous dit , est le profit qu'mi inventeur peut tirer de sa découverte par le commerce. Or , il n'est point de commerce qui ne demande un capital. Si l'inventeur- n'a point de capital , il faut qu'il le cherche ailleurs : et toute loi qui gêne la faculté d'emprunter opère comme un découragement sur l'industrie.
Peut-il espérer de trouver un prêteur au taux ordinaire de l'intérêt ? non. Une entreprise nouvelle est toujours hasardeuse : il faudrait donc accorder au prêteur un avantage proportionné au degré apparent du risque. Il y aurait pour cela deux moyens; et tous deux sont proscrits par les lois anglaises.
Di: i/iNTtKiVr im: l aiu. kni'. v38i
Le priMiiitM- seraiL (raccorder un inlcrct fixe supérieur à l'intérêt ordinaire ; mais c'est ce que les lois défendent, en fixant le taux de l'intérêt. Cette fixation est en partie inefficace , et en partie pernicieuse. C'est ce qui est démontré ailleurs '.
Le second moyen serait d'accorder un intérêt variable , proportionné aux profits de l'entreprise '.
En France , il y a une brandie de commerce où l'on peut limiter la partie de sa fortune que l'on veut risquer: c'est le commerce de banque. La somme placée de cette manière s'appelle commandite. Si cette liberté est utile dans la banque , pourquoi le serait-elle moins dans les
' Dans un autre ouvrage de M. Benlham. Defence of Usiuy, shewing the impolicy of the légal rcstraints on thc ternis ofpeciiniary bargains. — L'inconséquence est la compagne naturelle des lois dictées par de petites vues. On peut prêter au taux qu'on voudra pour une entreprise maritime : comme si les prétendus dangers et les prétendus abus qui font tant redouter ce mal indéfinissaMe qu'on nomme usiirc dépendaient de la solidité ou de la fluidité de l'élément sur lequel on fait le commerce !
' En Angleterre, un capitaliste ne peut placer une somme dans le commerce, sans être constitué commerçant parle fait , et par conséquent responsable dans toute l'étendue de sa fortune. Il n'y a point de statut à cet égard , mais c'est une rèffle de la loi cominune.
autres branches de commerce , surtout dans les branches nouvellement ccloses? N'ont-elles pas assez de leurs obstacles naturels , sans qu'on y ajoute par les lois des difficuîlc's factices ? Les Irlandais ont eu la sagesse d'abolir en grande parlie ces entraves qui subsistent encore en Angleterre.
Ainsi un inventeur, manquant de fonds, n'a d'autre ressource que de s'adresser à un négociant de profession pour entrer en société avec lui: mais les négociants sont ceux qui ont le moins de capitaux disponibles; et comme ils sont maîtres des conditions, Tindustrie restera souvent opprimée ou étouffée.
S'il était permis à tout le monde de s'engager dans des entreprises de commerce pour une somme limitée, combien de facilitésne trouverait pas l'homme de génie! Toutes les classes de la société fourniraient des secours à l'industrie inventive. Ceux fjui ne veulent risquer qu'une petite somme, ceux qui peuvent disposer annuellement d'un certain capital, pourraient s'engager dans cette espèce de lolcrie qui leur promet un intérêt supérieur au taux ordinaire. Les classes les plus élevées se feraient un amusement de descendre quelquefois sur le terrain de l'industrie , et d'y placer quelques deniers, au lieu de les jeter sur une carte : l'esprit du jeu , détourné de
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sa destination pernicieuse, servirait à augmenter le mouvement productif des arts et du commerce.
Il est des ennemis nés du mérite. Chaque conquête que (ait l'industrie est pour eux une perte , chaque découverte une injure. Les hommes médiocres ont un intér« t commun qu'ils n'entendent que trop hien, c'est que tout soit médiocre comme eux-mêmes. Quel dommage si un écrivain d'une autorité imposante, un homme fait pour combattre victorieusement tous les préjugés, avait fourni des armes au préjugé vulgaire contre le génie ! Si je pouvais attaquer son opinion sans le nommer, j'aurais un grand avantage : car ici ses arguments me paraissent faibles, mais son nom est bien fort.
« Si le taux de l'intérêt, dit cet écrivain, était » fixé sur un pied aussi haut que huit ou dix pour «cent, la plus grande partie de l'argent qu'il y «aurait à prêter serait pr.-tée à des prodigues et » à des gens à projets , qui seuls voudraient donner » des intérêts si hauts. Des hommes sages, qui ne «veulent donner pour Tusage de l'argent qu'une «partie du profit qu'ils ont la probabilité d'en » retirer , ne voudraient pas se hasarder dans une «concurrence dangereuse. Ainsi une grande par- »tic du capital national serait enlevée à ceux qui » en feront probablement un emploi avantageux, «pour être jetée dans des mains oi^i il y a la plus
» grande probabilité qu'elle sera dissipée et dé- » truite. Au contraire, lorsque le taux légal de » l'intérêt n'est fixé qu'un peu au-dessus du taux » ordinaire dans le commerce , on préfère univerwsellement pour emprunteurs les gens sages aux >' prodigues et aux gens à projets. Le préteur trouve "un intérêt à peu près aussi fort chez les prcwmiers que celui qu'il oserait prendre des der- «niers, et son argent est beaucoup plus sûr i).»
Ce passage n'est pas le seul où Smith attaque les projeteurs (a»©/, liv. i,chap. iv), mais c'est celui où il les attaque le plus directement. Quant aux prodigues , il est aisé de faire voir que ce n'est point à eux qu'on prête à des intérêts extraordinaires : on ne prête guère que sur des fonds assurés à ceux qui sont sans industrie. Or, (piand on a des fonds à engager , on n'a pas besoin de donner un plus haut intérêt parcequ'on est prodigue. Le prêteur prête sur les fonds, non sur le caractère. Mais j'ai examiné ailleurs ce sujet. Bornons-nous à ce qui concerne les projeteurs.
Une idée qui tire toute sa force de l'autorité de celui qui la publie ne peut être mieux combattue que par cette autorité même.
1° La prospérité de l'Angleterre a suivi sans
' Delà n'rfiessr des nations, liv. II. ch;ip. iv.
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interruption une marche progressive et même accélérée, surtout depuis que l'esprit de projet et d'entreprise s'est montré avec le plus d'essor. 2° La somme de la bonne économie a toujours été plus grande que celle de la mauvaise. 3° En fait de commerce, chaque particulier est meilleur juge de ses propres intéri'ts que le gouvernement qui ne coimaît rien des affaires individuelles. 4° Les lois générales seraient encore plus défectueuses que le gouvernement pour régler le commerce, parceque les ministres peuvent consulter les circonstances, et que les lois générales ne se prêtent point aux cas particuliers.
Voilà les idées fondamentales de Smith, vérités précieuses et fécondes que personne n'a plus travaillé ni mieux réussi à établir fjue cet illustre publiciste. Mais en raisonnant conséquemment d'après ces principes, on ne doit pas faire des lois pour gêner les projecteurs, et les empêcher de trouver les capitaux dont ils ont besoin.
La censure qui porte sur eux , porte en effet sur toute industrie nouvelle ; c'est une attaque générale contre le perfectionnement des arts et des sciences. Tout ce qui est routine aujourd'hui a été projet dans l'origine ; tout ce qui est établissement a été innovation.
Dira-t-on que les projets passés ont été utiles, mais que les projets futurs ne le seront pas ? Ce
serai! une assertion singulière , et qui aurait d'autant plus de besoin de preuves qu'elle est plus contraire à la vraisemblance ; car, dans toute carrière , Texpérience doit valoir quelque chose. Si des aventuriers vont heurter contre un rocher caché sous les eaux , leur naufrage sert d'avertissement aux navigateurs qui leur succèdent.
Fùt-il prouvé que tous les projecteurs se ruinent, il n'en faudrait pas conclure qu'on dût décourager l'esprit d'invention. Tel , en se ruinant , ouvre une nouvelle route par laquelle mille autres individus parviendront à l'opulence. Qu'un artisan ait consumé une partie de sa fortune et de sa vie à inventer une machine qui expédie et qui perfectionne le travail , une teinture plus brillante et plus économique , un procédé d'agriculture plus avantageux , mille teinturiers , dix mille mécaniciens, cent mille cultivateurs recueilleront sans peine et sans dépense les fruits de son industrie : et si l'inventeur s'est ruiné dans la recherche de cette découverte , qu'importe ce mal individuel au prix de tant de conquêtes?
Je pourrais encore répondre à Smith par luimême , en citant les passages où il fait voir que ces lois sur le taux de l'intérêt sont inefficaces , parcequ'il y a toujours des moyens faciles de les éluder. ( J^oj. liv. 1 , chap. ix. ) Si cette loi n'avait aucun effet , je ne m'arrêterais pas si long-temps
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à la discuter, mais il liic semble qu'elle a des effets pernicieux pour l'industrie.
Elle repousse les projecteurs utiles. Je ne dis pas qu'elle les repousse tous: si cela était, nous ne serions pas au point de prospe'rité où nous sommes; mais elle en repousse une partie, et malheureusement on ne peut pas savoir de quelle espèce , ni dans quelle proportion. Le talent d'opérer sur la matière est très différent de celui d'opérer sur l'esprit des hommes. Le talent de méditer dans son cabinet n'a point de rapport avec celui de faire valoir ses découvertes daru. le monde. La chance de réussir dans la carrière de l'invention sera en raison des forces de l'esprit : la chance d'obtenir la confiance de ceux qui ont des capitaux à prêter sera en raison de la force des moyens de persuader. Or cette dernière force , loin de se trouver en raison directe de l'autre , sera plus naturellement en raison inverse ; car plus on s'abstient de la société , plus on redoute les hommes, moins on est à son aise avec eux , moins on est maître de ses facultés quand il faut les produire sur le théâtre de la conversation. L'effet que produit sur l'âme de l'auteur le sentiment d'une grande découverte est un mélange d'orgueil et de timidité , qui conspirent également à l'éloigner des hommes , et à diminuer la probabilité de ses
succès , quand il dépend de leur faveur ou de leur appui. L'orgueil procède d'une opinion secrète de sa supériorité: la timidité, du peu d'espérance qu'il a de se faire estimer ce qu'il vaut. Or , si l'orgueil uni au courage est une des armes les plus puissantes pour subjuguer les hommes, uni à la timidité , il est un des moyens les plus sûrs de s'exposer à leur mépris. Cette qualité si vantée sous le nom de modestie , si utile pour servir d'introduction au mérite , et si nécessaire dans une condition inférieure , n'est pas la timidité véritable ; c'est au contraire un orgueil déguisé sous une apparence timide; c'est un art qui consiste à savoir exactement dans quel sens et dans quelle proportion on peut déployer ses forces et ses avantages pour les faire valoir , dans quel sens et dans quelle proportion il faut les cacher pour laisser à un protecteur dont on a besoin la jouissance flatteuse de sa supériorité. Voilà la modestie qui mène loin dans le monde. Non, si jamais la timidité réelle a pu réussir , ce n'est que quand elle se trouve alliée avec la beauté qui fait tout pardonner, et à qui rien ne résiste. Séparée de cette protection enchanteresse , la timidité enfante, dans la douleur et les ténèbres, la gaucherie , l'embarras, la mauvaise honte , compagnes fréquentes , mais ennemies cruelles du génie solitaire.
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Je ne parle pas de inille difficultés qui se trouveront sur la route de cet inventeur, chargé de son projet et de ses besoins, avant qu'il parvienne à l'antichambre de ce riche ou de ce grand qu'il doit persuader. Il les a franchies; il est admis. Il s'est préparé d'avance: il a étudié tout ce qu'il doit dire, il a prévu toutes les objections, il ne demande qu'à être écouté. Mais, en supposant que le courage ne lui manque pas, qui ne sait combien grande est la différence entre le talent de concevoir des idées neuves en certains genres, et celui de les développer d'une manière claire ou persuasive ; occupé tout entier du fonds des idées, l'inventeur est souvent incapable de porter son attention sur les accessoires et les formes dont la réunion serait nécessaire pour les faire goûter. 11 sait bien ce qui s'est passé dans son esprit, mais il ignore ce qui se passe dans celui des autres ; il s'exprime souvent avec une obscurité et une confusion qui feraient croire qu'il ne s'entend pas bien lui même. Les esprits, dans toute carrière d'invention autre que celle de l'éloquence , ont besoin d'un accoucheur. Lorsque Diderot travaillait au Dictionnaire encyclopédique, il éprouva mille fois, en consultant les artistes les plus ingénieux , la difficulté d'opérer cet accouchement. S'ils avaient de la peine à se faire entendre lorsqu'ils avaient pour interprète
rhomme le plus capable et le mieux disposé , qu'auraient-ils fait, humbles solliciteurs, vis-à-vis d'un i^rand seigneur ignorant et présomptueux ? Dût-il enfin réussir à faire comprendre son projet, il lui reste encore à engager le capitaliste à s'y intéresser : c'est ici que la loi prohibitive exerce sa vertu malfaisante. Le taux ordinaire de l'intérêt , comment oserait-il le proposer ? on peut l'avoir sans courir aucun risque. Pour un taux extraordinaire, comment l'offrir à ce protecteur qui s'exposerait, en acceptant ce traité, à la rigueur des lois ? Dira-t-on que malgré les lois contre l'usure , on fait de l'usure ? Oui; comme il se fait des vols malgré les lois contre le vol , s'ensuit-il que ces lois n'aient aucun effet, et que le vol soit aussi commun qu'il le serait sans elles? Autant ces lois prohibitives sont défavorables au vrai mérite , autant seront-elles utiles à la charlatancrie, ne fût-ce qu'en écartant la concurrence des meilleurs projets. L'essentiel est le don de la persuasion. Ce don appartient plus naturellement à l'homme superficiel, moitié enthousiaste et moitié fripon, qui connaîtle monde, qu'à l'homme laborieux qui ne connaît que le sujet abstrait dont il s'occupe. On croirait d'abord qu'on peut se fier à la force naturelle de la vérité , et qu'elle donne un grand avantage à Thomme réellement habile; mais cette force intrinsèque de la vérité ne se fait
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sentir que dans les objets (|ui sont à la poiiéc du commun des liommes. Quand il s'agit d'entreprises qui s'éloignent des routes ba tues, Timagination guide, Texpérience n'y est pour rien. Quels ont été les imposteurs les plus favorisés ? ceux qui ont fait les promesses les plus extravagantes. La race des mendiants effrontés qui vendent la pierre philosopbale , a plus obtenu , dans un temps donné, des ignorants crédules et avides, que les auteurs, des projets d'une utilité incontestable. Cependant voici l'avantage de la vérité sur l'erreur : le temps est pour elle ; l'imposture passe; la vérité reste. Ce mensonge est décrédité ; cette source d'illusion est fermée: il en sera de même à peu près de toute autre. A mesure que le monde s'avance, les gouffres de l'ignorance se comblent par le nombre même de ceux qui s'y précipitent. Les siècles antérieurs sont des enfants perdus qui reçoivent les coups de la fortune pour ceux qui leur succèdent. Relativement à l'avenir, l'espérance est donc mieux fondée que la crainte.
Plus on examine les raisons pour lesquelles Smith veut décourager les projecteurs, plus on s'étonne qu'il ait ainsi dévié de ses principes. Il est probable que son imagination était préoccupée de l'idée de quelques projecteurs téméraires ou peu intègres, qui étaient tombés dans la sphère de ses observations, et (ju'il appliquait à l'espèce
entière les vices de quelques individus cpars. Se défendre de Ferrour des généralisations trop hâtives et trop vastes, ne laisser échapper aucune proposition qu'après avoir fait les retranchements nécessaires pour la réduire à l'exacte vérité, c'est le dernier terme, et, jusqu'à présent, le terme idéal de la sagesse humaine '.
Dans les routes hasardeuses de l'invention , rien ne serait plus utile aux voyageurs qu'un hon traité sur les projets en général. Ce serait le pendant de l'ouvrage qu'un philosophe judicieux nous a donné sur les systèmes '. En parcourant les divers départements des sciences , on s'attacherait à ce que chacun d'eux présente en ce genre de plus particulier. La chimie a sa pierre philosophale ; la médecine , sa panacée ; la mécanique son mobile perpétuel ; la finance, son moyen de liquider sans frais et sans injustice les dettes nationales. A propos de chaque erreur capitale , on ferait voir, dans la nature même des choses,
' W. Smilh, iiprès avoir lu la lettre ^lu-le'- projets ^ qui lui fut adressée, et qui <«t imprimée à la suite de l'ourrage dont j'ai parlé , Defence of usuiy, déclara ù un homme respectable, ami commun des deux auteurs, qu'il s'était trompé. Avec la nouvelle de sa mort, M. Bentham reçut un exemplaire de se? ouvrages qu'il lui envoyait comme gage de son estime.
- Condillac.
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la raison de l'impossibililé du succès; on indiquerait les illusions qui opèrent sur Fospril humain , pour lui cacher ces obstacles insurmon labiés, et le nourrir d'espérances trompeuses. On s'attacheraità peindre les projecteurs de mauvaise foi, les charlatans en tous genres; on crayonnerait ce qu'ils ont de commun dans leur esprit el leur caractère, cette volubilité de paroles, cette précipitation naturelle ou affectée qui esquive les arguments qu'on leur oppose, cette manière de déclamer, sans analyser ni raisonner, de s'échapper comme par la tangente , dès qu'ils se sentent pressés ; cette colère affectée qu'ils témoignent quand on leur propose des objections et des doutes, cet art de se plaindre des préventions qu'on a contre eux, ou de se vanter du nombre secret de leurs partisans, enfin ce coup de maître, cette retraite habile de la scène, dans les occasions oij , s'ils étaient de bonne foi, il leur importerait le plus de s'y maintenir. L'histoire du mesmérisme ferait un chapitre intéressant de cet ouvrage.
En recueillant les projets malheureux, il faudrait se garder de ce ton de malignité qui semble triompher des disgrâces du génie , et qui cherche à envelopper les projets utiles dans le mépris et le ridicule que méritent les charlatans. Ce vice caractérise les ouvrages du spirituel el a trahi-
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laire Swift. Sous pri texte de se moquer des projecteurs, il cherche à livrer au mépris des ignorants les sciences mêmes. Aussi avaient-elles deux grands torts à ses yeux; le premier, de lui être inconnues, l'autre , d'être l'ouvrage le plus honorable de cette espèce humaine qu'il avait prise en dédain et en haine , depuis que sa chagrine ambition avait été déçue. Les projecteurs qui cherchent à tromper , il faut les démasquer ; ceux qui se trompent, il faut les instruire: l'mtérêt de la science et de la justice demande qu'on les distingue.
Je terminerai ce précis comme je l'ai commencé, en répétant que l'économie politique doit être considérée comme une science plutôt que comme un art. Il y a beaucoup à apprendre , et peu à faire.
Les abeilles font le miel par instinct ; il suffit de leur laisser une ruche tranquille , des champs et des bois pour y amasser leur récolte ; mais , parcequ'on a besoin d'une partie de leur miel , il faut étudier leur nature, il faut connaître Féconomie de ce petit peuple , pour ne pas nuire à la reproduction de ses travaux.