‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 104 sur 110 · OTE POUR LA PAGE 286, LIGNE · texte numérisé non relu

OTE POUR LA PAGE 286, LIGNE

On peut objecter que le raisonnement du texte n'est pas concluant, puisque l'intervention du gouvernement n'a pas pour objet ravQnta|:;e des individus , mais cehii du public. On pourra convenir que chaque individu juge mieux de son intérêt privé que le législateur; mais celuici à son tour est un meilleur juge de l'intérêt général. Si l'emploi des capitaux n'intéressait que les capitalistes, il faudrait s'en rapporter à eux seuls; mais, outre les capitalistes , il affecte une multitude d'individus , et le législateur manquerait à son devoir s'il ne se mettait pas en avant pour protéger l'intérêt public contre les erreurs et la cupidité des intérêts individuels.

Celte objection est d'autant plus plausible qu'elle renferme beaucoup de vérité : le principe en est incontestable. Si l'opposition des intérêts existe entre les capitalisles et le public, si l'emploi des capitaux qui est le plus avantageux pour les capitalistes n'est pas aussi le plus avantageux pour le public , les partisans du systènie réglementaire ont gagné leur cause, et ceux de la liberté du commerce n'ont plus qu'à se taire.

Mais il est de fait, qu'à l'exception d'un 1res petit nombre de cas, les deux inlérèts se confondent , et qu'il n'y a pas de meilleur moyen de pourvoir à l'iolérêt public que de laisser, chaque individu consulter le sien propre.

Gomme un principe général, la chose est admise, même en pratique , dans le plus grand nombre de cas. Personne n'a jamais supposé que la production des souliers fût plus importante pour un pays que la production des chapeaux, et qu'il fiit du devoir des gouvernements d'intervenir pour ou contre dans l'emploi des capitaux appliqués h ces manufactures. On a compris que si l'offre des sonliers ne répondait pas à la demande , le prix hausserait, et que de nouveaux capitaux se porteraient à celte branche d'industrie jusqu'au niveau de la demande, sans que le gouvernement eût besoin de s'en mêler, etc.

Tout cela est vrai, dira-ton, pour l'emploi des capitaux dans l'industrie intérieure," mais il est de l'intérêt public de ne point acheter au dehors des articles qu'on peut produire dans le pays. En consommant les produits nationaux, vous encouragez l'industrie nationale; en consommant les produits étrangers, vous encouragez l'industrie étrangère aux dépens de celle de vos compatriotes. Il y a opposition entre l'intérêt public et l'intérêt pariiculier ; celui des consommateurs est d'acheter dans le lieu où ils trouvent les objets au plus bas prix ; celui du public est de les forcer à n'acheter que dans le marché naliona! , même h un prix plus élevé. Il faut donc que la loi défende l'importation de tout ce qu'on

pont produire dans le pavs même. \ oilù le système proliibilil" et rargiimeiU sur lequel il s'appuie.

La réfutation de ce système se trouve essentiellement dans la proposition rondameutaledu chapitre auquel cette note se rapporte. L^ industrie est lùnilcc par le capital. Il y a toujours autant d'emplois pour les capitaux qu'il y a de capitaux, autant de travail que de fonds pour le payer, et il est évident qu'il ne peut pas y en avoir davantajie.

-Mais quand il serait indubitable que vous encouragiez I industrie de vos compatriotes en achetant leurs produits, l'eucouragez-vons moins en achetant les produits •les étrangers? Si vous n'achetez rien d'eux, peuvent-ils acheter de vous? peut-il y avoir importation sans exportation? Ils ne peuvent pas vous donner leurs marchandises sans équivalent, et cet équivalent ce sont d'autres marchandises.

Si l'on dit qu'on les paiera en numéraire , je réponds que le numéraire , 5 moins que le pays ne possède de grandes mines, ne peut pas long-temps suffire à ces paiements. L'exportation du numéraire faisant baisser les prix, il arriverait de deux choses l'une , ou que le prix des articles importés tomberait si bas que l'importation cesserait , ou que d'autres articles baisseraient tellement de prix qu'ils deviendraient des objets d'exportation ; — or, dès que l'équilibre serait rétabli entre les imporls et les exports , le commerce s'acquittant par des lettres de chaage , il n'y aurait plus lieu à la sortie des métaux précieux!

Ainsi quand vous importez des marchandises élran-

SgB NOTES.

^ères, si vous n'occupez pas directement l'industrie de vos compatriotes, par votre propre demande, vous l'occupez indirectement , en créant pour ses produits une nouvelle demande d'une égale valeur de la part des étrangers.

Vous ne faites donc aucun tort à vos compatriotes en important des productions étrangères tandis qu'ils jouissent des prix réduits auxquels elles sont vendues; carie fait seul de l'importation est une preuve sulEsanle qu'elles coûtent moins à faiie venir qu'il n'en coûterait de les produire dans le pays même.

L'avantage de se pourvoir au marché le moins coûteux a été si clairement expliqué par les plus habiles économistes, qu'ils ont pleinement convaincu tous ceux qui n'étaient pas séduits par quelque intérêt de monopole.

Ce surplus qu'on paie pour un produit national est une taxe levée sur tous les consommateurs en faveur des producteurs; mais on oublie que, sans l'encouragement de la production , ces derniers auraient appliqué leurs capitaux à une industrie plus propre au pays, plus productive pour la nation.

Il est des gouvernements qui ont procédé sur le plan de prohiber l'exportation. Celle des métaux précieux a été prohibée, parcequ'on croyait qu'elle appauvrissait le pays ; celle des grains l'a été de même , dans la vue de se mettre à l'abri des disettes.

La première de ces prohibitions ne peut être justifiée qu'en supposant qu'il y a dans la nature des métaux précieux quelque qualité inhérente qui en fait un article plus important de richesse nationale que toute autre

uiarcliautlise du ne égale valeur échangeable; malscelle supposition osl dénuée de toul Ibndemenl. Il n'y a pas profil , il y a prrle au conlraire J> retenir dans un pays une plus grande quanlité de ces métaux précieux qu'il n'eu resterait d'après un commerce libre. Ceux qui les exportent ne les donnent pas pour rien ; ils les échangent pour des marchandises qui sont d'une plus grande valeur pour eux. L'argent monnayé n'est d'aucun usage, excepté comme moyen d'échange; or, pour cet objet, il en restera toujours dans le pays autant qu'il en faut sans aucune loi restrictive , et cela , par la plus forte des garanties , l'intérêt des individus: le surplus serait inutile: le retenir forcément dans le pays, c'est se priver de toutes les choses vraiment usuelles pour lesquelles ou pourrait l'échanger chez d'autres nations.

L'exportation des grains a été long-temps prohibée en France : l'objet qu'on se proposait était de s'assurer une abondance constante : l'eiret inévitable était d'occasioner de fréquentes disettes. Un pays qui , dans les années ordinaires, produit au-delà de ses besoins, a toujours, dans une mauvaise saison, une ressource dans la partie du produit qui aurait été exportée. Prohibez l'exportation, le surplus ne peut pas exister : le cultivaleur n'aurait point eu de motif suffisant pour créer un produit qui n'aura point de débouché hors le cas d'une mauvaise saison. La totale inefficacité de cette mesure pour le but auquel on la destine rend Inutile d'exposer les autres objections qu'elle présente.

Ainsi l'on peut poser comme une règle générale , qui n'admet que bien peu d'exceptions, et dans des cas bien

rares , que pour l'avancement de la richesse nationale, la plus grande garantie se trouve dans l'intérêt des individus , et que tout effort du gouvernement pour encourager tel ou tel emploi, ou pour décourager te! ou tel autre , au lieu d'en produire une meilleure distribution, a une tendance tout opposée.

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