UNION DE L INTERKÏ ET DU DEVOIR. 2J
qiIAPlïRE IV.
TE L'l?iIO:< DE l'iNTÉRÈï AVEC LE DEVOIK, ET DES LOIS QUI
s'exécutent d'elles-mêmes.
Ce que nous avons dit nous donne la clé de deux expressions qu'on rencontre assez fréquemment dans les écrivains politiques, et qui n'ont jamais été expliquées.
I. Il faut, disent-ils, que le législateur s'applique à unir Vintérêt avec le devoir : c'est ce qu'ils considèrent comme son chef-d'œuvre. — Mais comment s'opère cette union? qu'est-ce qui la constitue ? Imposer un devoir et attacher une peine à sa violation , c'est donner un intérêt à l'observer, et même un intérêt plus fort que celui qui résulte d'une récompense promise. Ce n'est pas là toutefois ce qu'ils entendent ; car, s'il suffisait de la peine pour unir l'intérêt avec le devoir, quel est le législateur qui n'en viendrait pas à bout? Que trouverait- on à vanter dans une politique si commune?
Le mot intérêt dans cette phrase est donc pris particulièrement ^o\ir plaisir et profit : on veut exprimer une disposition de la loi , telle que l'ac-
26 UNION DE l'intérêt.
CompUssemeiit du devoir soit une source d'avantages qui cessent d'eux-mêmes dès qu'on cesse de le remplir.
On opère , en un mot , cette réunion toutes les fois qu'on peut créer un intérêt dans lequel on combine le degré àe force qui n'appartient qu'à la peine avec le degré de certitude qui n'appartient qu'à la récompense.
Cette réunion du devoir et de l'intérêt se trouve éminemment dans les pensions et les places révocables à plaisir. Supposons que le devoir consiste dans une parfaite soumission à la volonté du bienfaiteur. Le pensionné cesse -t -il de plaire? aussitôt la pension cesse. Il n'est pas question de l'embarras ni de l'incertitude de la procédure : aussi se plaint-on rarement de la désobéissance des personnes soumises à ce pouvoir absolu. Les plaintes s'élèvent sur la trop grande efficacité de ce moyen bien plus que sur sa faiblesse.
Dans les lois pour la perception des revenus, et en particulier pourles douanes, on donne assez communément aux employés , comme récompense, une portion des articles saisis en contrebande. Ce moyen a paru nécessaire pour combattre les tentations auxquelles ils sont sans cesse exposés. Le prix que ])eut offrir le particulier pour assoupir leur vigilance ne saurait être égal à la valeur de la capture qui leur est accordée pour