‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 16 sur 110 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE LA LIBÉRVLlTiÉ . OU RECOMPENSES MON PROMISES.

Mais si le souverain ne doit employer la récompense qu'en qualité de motif pour produire des actes utiles, il ne pourra donc (aire aucun acte de libéralité? Il ne doit rien donnera des services auxquels il n'a rien promis.

En effet, dira-t-on, une récompense promise opère comme un stimulant; mais une récompense imprévue , à quoi sert-elle ? Le service en question a été rendu sans qu'il en coûtât rien à l'état : pourquoi n'en obtiendrait-il pas d'autres du même genre d'une manière aussi gratuite? S'il y a de belles àînes qui servent sans profit, il faut leur laisser leur propre vertu pour récompense.

C'est ainsi que l'économie peut faire le procès à la libéralité. Mais l'économie se tromperait en n'embrassant dans son calcul (ju'un instant de durée et qu'un fait individuel.

Le service a été rendu gratuitenient. — La libébéralité qu'on lui accorde, à quoi peut-elle être bonne? A faire naître d'autres services, à encoura-

or RÉCOMPENSES NON PUOMISES. /^J

ger toutes les avances des particuliers pour le bien de l'état.

Se faire une loi de ne jamais accorder de récompense non promise , lier les mains à la vraie libéralité, ce serait renoncer à tout ce qu'il peut y avoir de nouveau en fait de service.

Il n'y a qu'une supposition qui pût justifier cette parcimonie: c'est que tous les services ont été prévus et dotés d'avance. La législalion arriverat-elle jamais à cette prévoyance parfaite ? Je ne le pense pas : mais on est loin de ce terme ; et jusqu'à ce qu'on y soit parvenu, la libéralité doit être comptée au nombre des vertus d'un souverain.

La Société des arts à Londres a bien connu ces deu.K branches du système rémunératoire. Une récompense promise avant le service y reçoit le nom de prime; une récompense accordée sans promesse préalable y est appelée gratification.

La libéralité a même un grand avantage sur la récompense promise. Celle-ci, restreinte à son objet, n'influe que sur le service individuel qu'elle spécifie ; celle-là , libre dans son essor , embrasse le théâtre entier des actions méritoires. L'une est utile pour fixer les recherches sur un seul point; l'autre est une invitation à les étendre sur tout ce que l'esprit humain peut connaître. L'une est comme l'eau que la main du jardinirr dirige sur

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