ET DK LA RÉCOMPENSE
inalhcureux. C'est suivre le principe de riitilité , mais c'est ne le suivre qu'en partie.
Voilà un des cas où le principe de l'utilité a paru favoriser des actes de violence et d'oppression. Selon ce principe, dit-on, l'intérêt du petit nombre doit être sacrifié à l'intérêt général. Conclusion vraie , s'il est impossible de faire autrement; absolument fausse, si cette nécessité n'existe pas. Accuser le principe de l'utilité, le trouver en faute , parcequ'on s'en est mal servi , c'est regarder l'art du teneur de livres comme vicieux , parcequ'un calculateur inexact peut oublier des entrées.
Nous pouvons maintenant établir une comparaison entre la peine et la récompense.
1° La peine est meilleure pour empêcher, pour retenir ; la récompense, pour exciter et pour produire : l'une est un frein, l'autre est un aiguillon.
2° Dans tous les cas où il suffit d'un seul acte pour faire beaucoup de mal, et d'un acte qui peut se renouveler à tout moment, on ne doit se fier qu'à la peine : or, c'est le cas des délits. S'agit-il (le produire un acte très avantageux ? il sera bon de combiner la récompense et la peine, pour doubler la force du motif.
3° Vu l'abondance de l'une et la rareté de l'autre , la peine est le moyen à employer pour agir sur tous en général ; la récompense doit être ré
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servée pour agir sur quelques individus en particulier. L'une subjuguera les passions communes, l'autre exaltera les qualités rares. La peine est un instrument qui extirpe les plantes nuisibles; la récompense est une serre chaude qui produit des fruits que le climat ne donne pas de luimême.
4° L'emploi de la peine est de nécessité, l'emploi de la récompense est un luxe. Supprimez le premier de cesmoyens, la société ne peut plus subsister ; supprimez le second , elle subsiste encore, mais avec moins de plaisir et moins d'élégance.
5° Dans tous les cas oii le service est tel qu'on ne saurait s'assurer que les individus aient la faculté de l'exécuter, la menace de la peine ne produirait que terreur et douleur , et l'application de la peine serait une injustice en pure perte.
Dans les mêmes cas , offrez la récompense , elle ira chercher les talents enfouis ou inconnus ; mais si elle n'a pas le succès désiré , elle ne produit du moins aucun mal : il n'y a pas un atome de perdu ; elle ne sera donnée que dans le cas où le service sera exécuté, dans le cas oij l'avantage obtenu est plus qu'équivalent à la dépense.
Ces observations suffisent pour apprécier les opinions de ces juristes qui, après un coup d'œil superficiel sur cet objet, accusent la politique du peu d'usage qu'on fait de la récompense.
L'auteur de la Richessedes nations , qui a porté tant de sagacité dans toutes ses recherches , s'est hiissé séduire sur ce point par un sentiment peu réfléchi d'humanité. La crainte, dit-il, est, presque dans tous les cas , un misérable instrument de gouvernement ' . C'est un instrument dont on a fait souvent un misérable usage , m^is un instrument nécessaire, et le seul qu'on puisse appliquer aux besoins ordinaires de la société.
Un jeune roi, dans la première ferveur de ses bons sentiments , résolut de purger ses états de tous les crimes. Ce n'était pas assez. Les rigueurs répugnaient à sa douceur naturelle; il voulut les abolir, et tout faire avec des récompenses. Il commença par le vol : bientôt il eut à récompenser tous les citoyens, parceque la probité avait été universelle. Il fallut renouveler la récompense chaque jour , parceque la probité avait duré toute la journée. On lui proposa de régler la contrebande : « Sage roi, lui dit-on, pour chaque denier que viendra payer le contribuable , donnezlui-en deux, et l'hydre est à vos pieds. » La victoire était assurée; mais il comprit que, comme celle de Pyrrhus, elle serait un peu coûteuse.
Il n'est pas inutile d'observer ici une différence entre le gouvernement public et le gouvernement
• WhtaUli of Nations , liv. V, chap. i.
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domestique. Point de souverain assez riche pour tout faire avec la récompense ; point de père qui ne le soit assez. A Sparte , un morceau de pain noir était le prix de Fadrcsse. Le fonds des plaisirs et des besoins est une source intarissable de récompenses, quand on sait leur donner cette direction.
RÉCOMPENSES NUISIBLES. Sg