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traire, tel pays où, sans avoir achète leur place, les juges vendent la justice. La pureté ou la corruption des tribunaux dépend de circonstances tout-à-l'ait étrangèresà celle-là. Que les lois soient claires, que les transactions des juges soient publiques, que la peine d'une injustice en surpasse évidemment le profit , et les juges seront intègres, quoiqu'ils aient acheté leur office.
En Angleterre, il y a des places de greffiers que les chefs-juges vendent, quelquefois ouvertement, quelquefois avec mystère. Les greffiers gagnent sur les plaideurs tout ce qu'ils peuvent ' gagner: mais gagneraient-ils moins s'ils n'avaient rien payé?
2'' Dans l'armée, les Anglais ont adopté le système de la vénalité. Les commissions militaires se vendent, depuis l'enseigne jusqu'au lieutenant-colonel exclusivement , sauf aux acheteurs de revendre. Ici le bon mot qu'on fait tomber sur les juges ne s'applique pas; la plainte commune est que le patrimoine du niérite est envahi par la richesse. Mais il faut considérer que, dans cette carrière respectable, le mérite , c'est-à-dire ce mérite supérieur qui appelle les préférences, n'a pas occasion de se déployer tous les jours. Les grands talents, les services distingués ne se manifestent que dans des cas extraordinaires; et qu'un officier eût fait des actions d'éclat, les moyens de
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ravancer sont toujours faciles. D'aillours, si la richesse envahit d'un côté le patrimoine du mérite, de l'autre elle resserre le champ de la faveur, divinité plus diffamée que la richesse. Ce qui doit surtout disposer les politiques soupçonneux en faveur de cette vénalité, c'est qu'elle diminue l'influence du gouvernement. Tout le terrain qu'elle possède est autant de conquis sur le pouvoir ministériel. C'est une corruption, si l'on veut, mais qui sert de contre-poison à une autre corruption que l'on craint davantage.
3° Mais c'est la vente des emplois ecclésiasîiques qui a excité les plus fortes réclamations. On en a fait un péché particulier, et de là une espèce de délit auquel on a donné le nom de simonie. Simon était un Samaritain , magicien de son métier, qui perdit toutes ses pratiques dès que le diacre Philippe, député par les fidèles de Jérusalem, fut arrivé àSamarie. Ce charlatan, regardant les apôtres comme des rivaux plus heureux ou plus habiles, crut pouvoir acheter de Pierre et de Jean, comme un secret de l'art, le don de conférer le Saint-Es])rit. Il proposa un marché; mais, sur la forte réprimande qui lui fut faite , ce magicien, aussi souple qu'intrigant, demanda pardon; et c'est là que finit son histoire. Il n'est pas dit qu'il fui puni'.
' Actes des Apolrcs ^ chap. viu.
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L'église catholique, fondée sur ce récit, a converti en péché la simonie, c'est-à-dire l'acte d'un homme qui achète ou qui vend un hénéfice à prix d'argent; et ce péché, les lois l'ont converti en délit. L'église catholicjue , étant infaillible en pays catholique, a pu dire que cet acte était un péché. Je n'examine en ceci que le délit légal, et je vois d'abord (ju'il n'a rien de commun avec l'action de Simon mage. Recevoir un bénéfice ecclésiastique, ce n'est point recevoir le Saint-Esprit. Si l'objet de la loi est d'assurer l'exclusion des sujets indignes , il y aurait des moyens directs aussi naturels qu'efficaces, tels que des examens publics pour vérifier la doctrine et le savoir du candidat, ou la liberté donnée publiquement d'objecter contre ses mœurs. La capacité intellectuelle et morale étant constatée, pourquoi ne lui serait-il pas permis d'acheter son emploi ou de le remplir gratuitement? Un malhonnête homme peut acquérir un bénéfice de cette manière, mais c'est par l'oubli de quelque précaution qu'on aurait dû prendre : le marché en lui-même ne prouve rien contre celui qui le fait.
Quant aux lois prétendues anti-simoniaques, à quoi servent-elles? Un prêtre ne peut pas acheter un bénéfice pour lui-même ; mais son ami , prêtre ou laïque , peut l'acheter pour lui. Ces lois ne semblent faites que pour aiguiser la fraude. Black-
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stone gcmit de leur inexécution ; il aurait du gémir de ce qu'on plaçait si souvent les ecclésiastiques dans un défilé dangereux entre le mensonge et rintérêt'.
' Je ne crois pas qu'on puisse contester les avantages que l'auteur attribue à la vénalité, — mais comme il n'est entré dans aucun détail, comme il n'a point indiqué les exceptions nécessaires pour laisser au méiite el aux services l'espoir d'un avancement gratuit, enfin comme il n'a pas répondu à difTérenJes objections que l'on peut élever contre ce système, il ne prod lit pas une conviction complète. Mai? il est actuellement occupé d'un ouvrage où ce sujet sera traité avec plus d'étendue.
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