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INous avons vu que le salaire pouvait servir à assurer la responsabilité de l'employé et le garantir de la corruption. Mais si le fonctionnaire public possède par lui-même une mesure suffisante de cette matière de la richesse que nous considérons comme un antiseptique , il n'est plus nécessaire que j'étatse constitue en frais pour la lui donner. S'il y a des emplois qui, par l'attrait du pouvoir et de la dignité , attirent un nombre de candidats gratuits, tel qu'on ait à choisir , l'état peut et doit souvent v attacher une condition pécuniaire, c'està-dire déclarer inéligibles tous ceux qui ne posséderaient pas un cerlain revenu. C'est ce qu'en Angleterre on appelle une qualification.
Uiie (jualification, par sa tendance même à donner du relief à l'emploi, attire peut-être un plus grand nombre de candidats qu'elle n'en repousse.
Les charges les plus importantes auxquelles on a attaché des qualifications pécuniaires sont celles de membres du parlement et ^e juges de paix. Il
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faut, pour ê\vcji/ge de paix , posséder au moins cent livres sterling de rente on fonds de terre. Il n'y a rien à objecler contre cette loi. Cette magistrature n'exige qu'une certaine éducation et une capacité commune. On peut limiter le nombre des aspirants, sans craindre de manquer de sujets capables; et cependant les pouvoirs qu'elle donne sont tels, qu'on ne doit les confier qu'à des individus d'une responsabilité connue.
Pour être cligible au parlement, la loi exige une qualification du même genre , un revenu foncier de trois cents livres sterling pour un député de bourg, de six cents pour celui d'un comté. Ce cas est différent de l'autre. Pour faire exécuter des lois établies, il ne faut que des talents assez ordinaires; pour proposer des lois nouvelles, pour être le guide ou le censeur de l'administration , il faut des talents et des connaissances rares, et il est dangereux d'établir un principe d'exclusion par lequel on peut écarter précisément l'individu de la capacité la plus éminente. Qu'il n'y ait point de rapport entre les dons de la fortune et le génie , cbacun le sait; mais ce n'est pas tout : pour se livrer à rélude , il faut des motifs, et pour se livrer à l'étude de la politique et de la législation, il faut des motifs d'aulant plus forts que cette étude est^ i)lus difiicile. Il faut des passions iiidentes et i)crsévéranles qu'on ne trouve que
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rarement ilans le sein de la mollesse et de Topiilence. H faut un enthousiasme généreux, nourri par une tendre compassion sur les maux de l'humanité, sentiment qu'on n'éprouve point dans la dissipation du monde et dans le tourhillon de ses plaisirs. Cet homme qui, dès le berceau, a été flatté , prévenu , amusé , qui n'a pas eu le loisir de désirer, vÀ le besoin de penser, se livrera-t-il dans une retraite austère à des recherches laborieuses ? Le Sybarite deviendra-t-il Crotoniale? Voulez-vous des hommes vraiment laborieux, des penseurs? il faut les chercher parmi ceux qui ne sont rien, parmi ceux qu'opprime le sentiment de leur nullité , que tourmente l'ambition de se fai;e un nom, de conquérir un rang dans le monde; parmi ceux que l'expérience des maux et des privations a rendus plus humains et plus sages. Il faut les chercher parmi les Cyrus, non parmi les Sardanapales. Dans le nombre des sénateurs qui n'ont vu dans leur emploi que la décoration de leur oisiveté ou l'accroissement de leur crédit personnel, combien peu ont eu le courage de parcourir, sur les pas des Montesquieu , des Beccaria, des Smith, les routes que ces grands hommes avaient aplanies? La science des lois leur devra -t-elle de nouveaux progrès , quand ses progrès actuels sont au-dessus de leur portée ? Est-ce eux qui ont imaginé ces qualifications pécuniaires pour écarter
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des athlètes supérieurs, et se dérober à des comparaisons humiliantes ? Est-ce une invention de Farislocratie contre le mérite?
Non. Les motifs de ces qualifications sont d'une tout autre nature, et ils sont plausibles. Une certaine propriété est un garant d'indépendance : et à quel état l'indépendance convient-elle mieux qu'à celui d'un député appelé à défendre les intérêts du peuple contre les ministres du pouvoir suprême , armés de tant de moyens de séduction? Voilà ce qu'on allègue, et ce qu'on ne cesse de répéter avec autant de confiance que si on n'avait pas continuellement sous les yeux l'influence des places et des pensions sur des hommes d'une fortune bien supérieure aux qualifications requises. Une telle loi est faite pour être éludée : aussi l'est -elle en effet; et l'on observe que , parmi les hommes qui ont joué le plus grand rôle en parlement, plusieurs n'ont pu y entrer que par une évasion de cette loi : non qu'il n'y eût des moyens parfaitement sûrs pour la faire exécuter; mais heureusement, en cette occasion, comme en tant d'autres, le même voile qui dérobe à des regards superficiels les inconvénients éloignés des mauvaises lois, leur cache aussi les mesures nécessaires pour les rendre effectives.
Il y a (juelqucs années qu'un député, dont les bonnes intentions n'étaient pas douteuses, pro-