DIVISION DES ARTS ET DES SCIENCES
Les arts et les sciences n'ont point entre eux de démarcation bien précise. Dans Tusage ordinaire, art est le mot propre quand il s'agit des opérations pratiques ; science , quand il s'agit des principes spéculatifs , des connaissances intellectuelles: mais il serait difficile de trouver un art sans mélange de science , ou une science sans mélange d'art.
Les arts et les sciences, pris collectivement, et envisagés dans leur rapport avec le bonheur, se rangent sous quatre grandes divisions : i" arts et sciences à^ agrément , — 2° de curiosité, — 3" ûutilité immédiate , — 4° d utilité éloignée. Ces quatre
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branches des connaissances humaines demandent des soins différents de la part des administrateurs.
Sous le nom d'arts agréables , je désigne ceux qu'on nomme ordinairement beaux-arts : la musique, la poésie , la peinture, la sculpture^ l'art dramatique, l'architecture et Fart des jardins (considérés dans leurs parties ornamentales), etc. : je ne chercherai pas à compléter cette énumération ; il faudrait entrer dans des discussions métaphysiques qui nous détourneraient du but principal. hes/eujc pourraient être compris sous cette classe.
Quoique l'usage ait, pour ainsi dire, forcé de distinguer les arts /3jg^re<26/e^ d'avec les arts utiles^ il ne faut pas regarder les premiers comme dépourvus de toute utilité ; au contraire , il n'en est point dont l'utilité soit plus incontestable. A quoi en effet accordcra-t-on le caractère d'«///e, sinonàcc qui donne le plaisir? Tout ce qu'on peut alléguer en diminution de leur utilité, c'est qu'elle se borne au plaisir présent; ils tendent à satisfaire le besoin d'amusement, mais ils sont nuls pour tous les autres besoins de l'homme; sans aucune valeur pour ceux qu'ils n'amusent pas, ils n'ont de prix que relativement à ceux qu'ils amusent.
2° Parles arts et les sciences de pure curiosité J'entends, il est vrai, des arts a réablcs, mais aux(juels on serait tenté de refuser d'abord celle
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qualité, parccquVUc se cache, sous une écorcc sèche et rebutante. Ce n'est pas que ces arts curieiirnc puissent donner autant de plaisir à ceux qui les aiment que les beaux-arls; mais le nombre de leurs amateurs est plus petit, et par conséquent leur goiit paraît extraordinaire, ou même bizarre. Tels sont le blason , la science des médailles, la pure chronologie, la connaissance de ces langues antiques ou barbares qui n'offrent que des amas de mots , espèces de clefs qu'on s'amusc à dérouiller, et qui n'ouvrent rien; enfin , l'étude des antiquités, sans aucun rapport, ni à la politique, ni à la morale, ni à d'autres connaissances agréables ou utiles, etc.
L'utilité, le mérite de tous ces arts, est exactement en proportion du plaisir qu'ils donnent : toute autre prééminence qu'on voudrait é tablir entre eux serait fantastique. Préjugé à part, le jeu d'épingles, à plaisir égal , vaut la poésie : s'il amusait autant il serait préférable. Le jeu d'épingles est à la portée de tout le monde; la poésie ne plaît qu'à un petit nombre d'élus : le jeu d'épingles est toujours innocent; qui osera donner le même éloge à la poésie? Elle est l'ennemie naturelle de la vérité. Morale fausse, physique fausse, religion fausse, toujours le poëte a besoin du faux. Travaille-t-il sur un fond vrai, il y met la broderie de l'exagération, qui est le faux en fait de degré.