‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 8 sur 110 · FONDS DE LÀ RECOMPENSE · texte numérisé non relu

FONDS DE LÀ RECOMPENSE

dénomination particulière, comme les titres d'offices et de dignités ; d'autres sont héréditaires , et confèrent aux individus un rang supérieur à la classe commune : telle est la noblesse. Il y a aussi des honneurs sans dénomination, sans titre, comme des statues, des médailles, des remercîments publics , après des actions d'éclat , au nom du souverain ou du corps législatif.

Une échelle graduée de rmigs est une très belle institution , quoi qu'en aient pu dire les partisans outrés de l'égalité. Pour démontrer cette proposition , il ne faudrait rien moins que faire un traité des principes constitutionnels, c'est-à-dire de la distribution des pouvoirs politiques. Je dois donc me borner ici à des observations générales. Instituer une diversité de rangs, c'est créer un nouveau fonds de récompenses , au moyen d'un impôt en honneur presque imperceptible à ceux qui le paient; c'est augmenter la force du gouvernement par une influence douce et attrayante , bien différente de ce pouvoir coercitif si sujet à de violentes réactions; c'est accroître la somme des jouissances humaines ; c'est ouvrir de nouvelles perspectives à l'espérance , le plus précieux de tous les biens; c'est faire germer dans les cœurs une autre ambition que celle de la fortune; c'est entretenir l'émulation, moyen si puissant et si doux pour produite toutes les qualités désirables.

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Je lie parle point ici des abus : ils ne sont point inséparables de la chose même. Je dis seulement que ce principe est excellent, surtout quand Tavancement graduel dépend des services.

Ce tçenrc de subordination s'est de tout temps pratiqué dans le militaire. Du soldat au général , les échelons sont régulièrement gradués. Mais l'objet principal n'est pas l'honneur, c'est le pouvoir. Supériorité de grade annonce supériorité de commandement. L'honneur qui accompagne l'autorité n'en est qu'une conséquence accessoire.

Catherine II transplanta cet arrangement du militaire au civil. Elle établit une distribution des rangs qui correspond aux grades de l'armée. Les secrétaires, les juges, les médecins, les académiciens , tous les fonctionnaires civils sont soumis à un avancement graduel qui les tient dans un état de dépendance et d'espérance pour tous les pas de leur carrière. C'est une invention politique comparable aux plus savantes découvertes des arts dans notre siècle. La naissance a perdu sans bruit la plus grande partie de ses prérogatives. Le premier par sa noblesse et par sa fortune est obligé de commencer par le dernier rang et de recevoir de grade en grade un brevet du souverain, sans lequel il reste en arrière, et se voit devancé par des hommes obscurs. Ce ressort est d'autant plus

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puissant qu'il est doux. La simple suspension de la récompense fait l'office de la peine.

D'ailleurs, la translation des grades militaires à l'ordre civil a augmenté la considération pour celui-ci. C'est un ingénieux artifice pour vaincre ce mépris barbare des fonctions civiles qui prévaut dans tous les états militaires. L'assimilation des grades mène à l'assimilation du respect. Dès lors on a vu la noblesse entrer avec empressement dans les emplois qu'elle avait dédaignés.

Les ordres de chevalerie paraissent comme des fragments flottants, détachés d'un système régulier de récompenses honorifiques.

Il est des états où l'on a fondé un ordre de chevalerie sous le nom à^ Ordre du Mérite : ce nom semble d'abord inventé comme par plaisanterie pour jeter un ridicule sur tous les autres; mais point du tout. Le ridicule, s'il y en a, tombe sur le mérite : car cet ordre est le moins distingué : la noblesse n'y prétend pas, il serait dérogatoire à la naissance ; il n'est que le prix des services.

Les grands ordres de chevalerie sont-ils des récompenses, je veux dire des récompenses publi(jucs? c'est ce qui n'est pas bien décidé. Leur nature est assez douteuse. C'est une décoration qui se donne quelquefois après des actions d'édal, mais presque toujours aux courtisans, aux grands, à ceux qui composent la société du souverain.

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