‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 9 sur 110 · FONDS DE LA RECOMPENSE. II · texte numérisé non relu

FONDS DE LA RECOMPENSE. II

pour augmenter la pompe de sa cour. Quel est le mérite prouvé? celui d'avoir su plaire au prince. Mais si les personnes ainsi décorées réclament des distinctions sociales, si chacun doit leur céder la place , ne faudrait-il pas quelque raison publique pourtonder cette prééminence . Doit-on imposer à la communauté l'obligation du respect en faveur d'un individu, s'il n'a rendu quelque service qui légitime cet hommage? Le souverain n'est-il pas mauvais économe d'une ressource qui, bien ménagée, pourrait être si lucrative? Nous reviendrons à ce sujet.

'.V Le pouvoir. Ce grand objet de l'ambition des hommes n'appartient pas directement au sujet (|ue nous traitons. Le pouvoir est institué dans un tout autre but que des vues rémunéra toires : les principes d'après lesquels on doit le distribuer et le régler forment les bases du code constitutionnel. Le mérite n'est pas la seule considération d'après laquelle on doive se déterminer. Dans plusieurs formes de gouvernement, il y a des pouvoirs héréditaires; et l'expérience a démontré la sagesse de cette institution, qui , sous un certain rapport , paraît si absurde.

Dans un état monarchique, par exemple, les dangers d'une élection sont si grauds, qu'on a dû attacher le pouvoir suprême à quelque circonstance plus palpable , et moins sujette à contesta-

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tion que le mérite des candidats. Dans un gouvernement mixte , si l'on a une magistrature supérieure, un corps de nobles investis de certains pouvoirs destinés à balancer ceux du roi et ceux du peuple, il faut que ce corps soit nombreux; et plus il est nombreux , moins il est susceptible de cette espèce de choix qui suppose un mérite individuel transcendant.

\jQ. pouvoir , dans tous les cas où il peut être appliqué à l'objet de la récompense sans aucun inconvénient, doit avoir cette destination.

La difficulté est d'assigner un acte ou un événement qui fasse preuve de la capacité de l'individu. Mais pour les emplois publics, combien n'y a-t-il pas de qualités requises qu'aucun acte particulier ne saurait prouver? Sans cela, la plupart des emplois pourraient être donnés comme récompense positive pour un service déterminé.

La gazette du gouvernement n'aurait qu'à porter des avis en ces termes : « L'artiste qui présen- » tera le coin le plus parfait aura l'intendance de » la monnaie. — Celui qui fournira le modèle de » la meilleure pièce d'artillerie aura la première » place de ce département. — L'architecte qui » constniira le modèle d'un vaisseau supérieur » en vitesse ou en moyens d'attaque et de défense » sera misa la tète des constructions navales. — » L'auleur qui donnera le meilleur traité sur le

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» commerce, les fmanccs, Tart militaire, sera placé » dans le conseil de commerce, dans celui des fi- » nances, ou de la guerre. — Celui qui aura fait le » meilleur ouvrage sur les lois sera chancelier du » royaume. »

Celte idée séduit au premier moment; mais, pour peu qu'on y réfléchisse, on découvre bientôt qu'elle est plus spécieuse que solide. Pourquoi? c'est qu'il n'est pas rare que l'homme doué dans un degré supérieur d'une des qualités requises soit destitué de plusieurs autres également indispensables.

D'ailleurs, il est des cas, et même de très importants, où les preuves sont nécessairement en défaut. Dans un long période de tranquillité, que pourrait faire un officier qui pût démontrer sa capacité à commander une armée? Considérez les qualités les plus nécessaires , présence d'esprit, conceptions vastes , prévoyance , activité , courage, persévérance , autorité de caractère, etc. ; par quels actes spécifiques un officier qui n'a point vu de service prouverait-il qu'il les possède ? On est réduit à en juger par conjecture , d'après ses habitudes, son attachement pour sa profession , et surtout l'estime de ceux qui courent la même carrière que lui. Leur opinion s'est formée sur une multitude d'observations qui tiennent à l'ensemble de sa conduite.

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IlÇ: discernement , cet art de juger de l'aptitude d'un individu à tel ou tel emploi, est une qualité rare , à laquelle il est comme impossible de donner le secours d'aucune règle générale.

On avancerait un peu dans cet art difficile, en faisant un catalogue des indications de talent ou de capacité ])'dr rapport aux divers offices '.

4° Exemptions. Le législateur crée deux sortes de maux : il institue des peines pour les délits; il impose des obligations onéreuses aux divers mem-

• J'avais préparé, pour développer la pensée de l'auteur, une note où je rassemblais plusieurs traits de ce tact prompt et fin qui fait deviner des qualités cachées. Je me borne à un seul, pour ne pas faire une digression trop longue. Une personne fort instruite des anecdotes de la cour de Russie me contait à Pétersbourg l'origine de la fortune et de l'avancement du grand- chancelier Besborodko. Étant encore dans les olfices inférieurs de chancellerie, un jour qu'il avait présenté plusieurs ukases à l'impératrice ( Catherine II ) , il s'aperçut qu'il avait oublié d'en composer un qu'elle lui avait particulièrement recommandé. Après un moment d'effroi , il prend son parti , et feint de lire l'ukase en question , quoiqu'il n'eût à la main qu'une feuille de papier blanc. L'impératrice fut si satisfaite de cette rédaction, qu'elle voulut signer sur-lechamp. Le commis déconcerté fut obligé d'avouer sa faute. L'impératrice, moins choquée de celte espèce d'imposture que frappée de la présence d'esprit qu'elle supposait, ne tarda pas à le plat rr comme chef dans le bureau où il n'était que subalterne.

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