PROHIBITION
peuples par l'idée d'injustice et de violence attachée à la partialité de cette mesure.
Les prohibitions des manufactures étrangères sont le plus souvent appliquées à ces objets que les étrangers peuvent fournir d'une manière moins dispendieuse , à raison de quelque avantage particulier de leur sol ou de leur industrie : c'est-à-dire que, refusant de participera cet avantage naturel dont ils jouissent , vous préférez ce qui vous coûte plus d'avance et plus de travail; vous employez vos ouvriers et vos capitaux à perte , plutôt que de prendre des mains d'un rival ce qu'il vous offre d'une meilleure nature et à meilleur prix. Si vous croyez par là soutenir un commerce qui pourrait vous échapper , cela est vrai , mais il n'abandonnerait cette carrière où il a des désavantages inévitables que pour entrer dans celles où les mêmes capitaux seraient employés avec plus d'efficacité. La plus grande de toutes les erreurs est d'imaginer que , par ces prohibitions , soit de manufactures étrangères , soit de manufactures domestiques, on obtienne un commerce de plus. La (quantité de capital , cette cause efficiente de tout accroissement , restant la même, tout ce qui est ajouté à un commerce favorisé en conséquence de la prohibition, est autant de retranché à d'autres commerces.
Il ne faut pas oublier hîsmaux collatéraux qui
DES MANUFACTURES RIVALES. 3l3
accompagnent ce système prohibitif. C'est une source de faux frais , de vexations et de délits.
La dépense perdue la plus apparente est celle des douaniers, des inspecteurs , des gardes-côtes; mais la plus réelle est celle de la perte du travail, ou le travail stérile de ceux qui font leur métier de la contrebande, et de ceux qui font ou paraissent faire leur occupation de la prévenir.
Anéantir le commerce étranger, se suffire à soi-même , tout vendre et ne rien acheter, voilà la folie qui a passé pour de la politique profonde, parmi des hommes d'état.
Dans les procédés de nation à nation , les hommes consentent à soutenir à grands frais des manufactures désavantageuses pour ne pas acheter de leurs rivaux. On ne voit pas de tels excès d'extravagance d'individu à individu. Si un négociant se conduisait ainsi , on dirait qu'il court à sa ruine ; mais son intérêt le guide trop bien. Il n'y a que des administrateurs publics qui soient capables de cette méprise ; encore n'en sont - ils capables que lorsqu'ils agissent pour le compte des autres.
L'avidité veut embrasser plus qu'elle ne peut tenir. La malveillance aime mieux se punir ellemême que de permettre à ses ennemis un bénéfice.
Avoir les yeux plus grands que le ventre :
3l4 PROHIBITION, etc.
phrase proverbiale de nourrice qui convient aux enfants , et qui s'applique toujours aux nations. L'homme individuel se corrige de ce défaut par l'expe'rience : l'homme politique, quand il en est atteint, ne s'en corrige jamais.
Qu'un enfant refuse une médecine , les mères et les nourrices le disposent quelquefois à la prendre , en le menaçant de la donner au chat ou au chien. Combien de grands hommes d'état , enfants mal corrigés, s'obstinent à soutenir un commerce auquel ils perdent , pour éviter la mortification de le laisser faire à une nation rivale ?
L'homme d'état qui croit pouvoir étendre infiniment le commerce , sans s'apercevoir qu'il est limilé par les capitaux , est l'enfant dont les yeux sont plus grands que le ventre.
L'homme d'état qui s'efforce de retenir un commerce désavantageux par la crainte qu'une autre nation ne le gagne , est l'enfant qui avale la pilule amere de peur qu'on ne la donne au chat.
Ces comparaisons ne sont pas nobles , mais elles sont justes; et quand les erreurs se couvrent d'un masque imposant, on est tenté de les mettre dans un jour qui les humilie.
iix.VTTOM, etc. 3i5