‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 3)Chapitre 111 sur 111 · J I O EXTRAIT · texte numérisé non relu

J I O EXTRAIT

négliger aucune des prémisses qui doivent contribuer à déterminer !a conclusion. Toutefois ceux qui attendent davantage d'un semblable n^ode d'investigation (el nous avons souvent cru apercevoir des symptômes de cette attente cbez M. Dumonl) se trompent, probablement par l'effet de quelques idées vagues d'une comparaison avec la marche analytique des sciences mathématiques et physiques. Mais dans les sciences même qui traitent de la matière et des quantités abstraites, l'investigateur doit se bornera rechercher les ressemblances et les différences ; il ne peut comparer les choses qui n'ont pas de commune mesure.

Le chimiste peut dissoudre un corps et le ramener ["i ses parties constituantes, elle moraliste peut examinerdequelles sortes de souffrances une disposition pénale se compose. Mais si les relations communes de poids et de volume fournissent toujours au premier les nicyens d'évaluer les proportions relatives de divers ingrédients simples , le dernier n'a pas de semblables termes de comparaison ; il ne peut dire de coml)ien de parties de douleur et de combien d'anxiété se compose l'ensemble d'une peine. De même on peut tout d'un coup savoir combien il faudrait prendre de parties d'un corps léger pour surpasser en poids une portion donnée d'un corps spécifiquement plus pesant ; mais on chercherait en vain une réponse précise à la question de savoir combien on doit ajouter à une sorte de peine ou en retranchi r pour la rendre égale à une peine d'une autre sorte. En effet, nous énumérons et examinons, d'après la méthode de M. Bentham, toutes les circonstances qui niilitenten faveurd'une certaine j)eine; nous exp;)Soiis ensuite loutts celles qui lui sont contraires; mais nouj n'avons aucun moyen de comparer exactement les avantages avec les désavantages, ni de retrancher les uns des autres et d'établir la balance. Ainsi en choisissant deux

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gonro* (le peines, nous pouvons éniimérerles circonstances qui doivent faire pencher pour l'unt; et pour l'autre, niai*^ nous ne pouvons calculer la supériorité de celle-ci sur ceîlolà , ou de celle-h\ sur celle-ci , et nous pouvons encore moins trouver quelque ligne moyenne exactement déterminée par Popéralion combinée de dilîérenlos imitations. Nous sommes dans la situation d'un mathématicien qui, d'après les données qu'dtTie renoncé d'un problème , entrevoit vaguement et généralement les relations qui doivent déterminer la solution , qui aperç'iit, par la nature de son équation , que cette solution est renfermée dans certaines limites, qui sait de quelles conditions elle dépend, mais qui ne peut achever le calcul et arriver au résultat. Qu'on ne pense pas, néanmoins, que celle conséquence nécessaire de la nature dillérenle du sujet enlève rien au mérite de i^I. Benlham, ni que sa méthode soil de peu d'utilité, parcequ'elle ne peut exécuter des choses impossibles. Elle présente à notre vue tout ce qui exige considération , nous remémorie perpétuellement lies points sujets à rtrc omis dans b's promptes et tranchantes déiluctinns d'investigateurs plus ambitieux, et assure ù chaque détail l'attention qui lui est due. Ce n'est pas non plus un petit mérite, que de n'avoir point poussé la mélliode plus loin que la nature du sujet ne le permettait. Des esprits inférieurs se seraient facilement laissé entraîner à quelque tentative d'une union extravagante du calcrl avec l'énumé» ration, comme ils l'ont été à de bizirres applications des malhématiques à la nosologie et à l.i morale.

La disposition de toutes les branches du sujet forme une partie nécessaire du plan de l'ouvrage, et prouve une très grande habitude. Elle fournit de moyens de comparaison, assiste la mémoire , conduit à se former des idées claires, et en préparant les plans que doivent occuper les faits, enseigne

à les observer elùse les rappeler. La classification, particulièrement dans la dernière partie de l'ouvrage, est peut-être, poussée un peu trop loin, quelques divisions n'étant en apparence compcsées que d'exeajples unique?, et un certain défaut d'harraonie se faisant remarquer entre les diverses parties du sujet. En effet, ^1. Du m ont appuie souvent autant sur les divisions les plus stériles que sur les plus fécondes en applications. Toutefois ces imperfections sont peu de chose en elles-mêmes , et elles résultent en partie de la nature de la méthode employée par cet écrivain , et en partie, sans doute, de l'état de morcellement dans lequel il a souvent trouve ses matériaux.

Les gens qui ne font que parcourir un ouvrage ont souvent le malheur de tomber tout d'un coup au milieu d'une des recherches de 3L Bentham,et le trouvant occupé à établir une proposition claire et même de toute évidence , ferment le livre comme n'étant qu'une collection de démonstrations d'axiomes. Nous dirons, une fois pour toutes, que ce n'est pas ens'yprenant de cette manièrequ'onpeul aimer ni même comprendre son système. Les parties en sont entièrement liées, et l'évidence et la simplicité de ses propositions prises isolément sont précisément ce quidunne aux conclusions leur justesse extraordinaire.

Un bel-esprit pourrait demander pourquoi le géomètre l'arrête pour lui dire que le tout est plus grand que la partie; et quelques philosophes, amateurs de paradoxes, ont tourné en ridicule la peine que s'est donnée le père de la science pour prouver que la somme de deux côtés quelconques d'un triangle est plus grande que le troisième. Cependant, à l'aide de cette proposition si simple, l'habileté des géomètres qui lui ont succédé nous a amenés A la magnifique décou verlcque, par des méthodes élémcnlaiies, on peut déterminci- la place

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d'une planète clans le ciel pour un temps donné (i); vA la chaîne qui lie les axiomes avec la comparaison des solides, les propriétés des courbes, et l'exposition du système du monde, n'est ni interrompue ni surchargée d'aucun anneau inutile. Dans l'examen analytique du système des peines que nous avons présenté au lecteur , nous nous sommes efforcés de rendre apparente la connexion entre les premiers principes de M. Bentham , et ses inductions pratiques ou ses résultats défiwtifs. Nous pensons que personne ne soutiendra que sa méthode est un simple enchaînement de vérités triviales ou une vaine parade de classification stérile, lorsqu'elle nous conduit à une démonstration claire et palpable des imperfections de la principale branche de dispositions pénales connue dans notre pays, et nous met en possession d'un autre mode à y substituer, lequel est inattaquable par le raisonnement , et que l'expérience a prouvé être très efficace. Et si quelqu'un prétendait que les notions relatives à la deportaticn et la connaissance du^ano/?f/^ue auraient pu être obtenues indépendamment de la théorie, la réponse est facile ; car en admettaut cette assertion, il serait encore vrai que celui qui possède les méthodes indiqiiées par la théorie est toujours à même de les appliquer à chaque cas nouveau qui se présente à son examen. Ici du moins l'analogie entre les sciences morales et les sciences exactes est parfaite. Le géomètre peut , sans employer les méthodes perfectionnées d'invention moderne, réussir heureusement à résoudre un problème difficile; mais qu'il s'en offre uu autre à son attention , il n'est pas plus avancé d'un pas vers la solution de ce dernier; tandis qu'un maihématicien très inférieur , à l'aide de ces précieux instruments «l'analyse, est prêt à traiter toute

(i) Voyez ia sofution du problcmc de KcpUnpai le docteur Kepler. 1. 30

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question qui peut se présenter, sans éprouver le moindre embarras , et avec une certitude raisonnable d'en trouver facilement la réponse.

Nous examinerons plus tard la seconde partie de l'ouvrage de Bl. Benlham,qui, en effet, forme un traité séparé. En attendant nous le priei'ons instamment, de même que son habile coadjuteur , de ne pas différera publier celles des autres parties de son grand système de législation qui sont terminées. Le traité de Vévidence (i) est peut-être celui qu'on attend avec l'impatience la plus vive et la plus générale. Les recherches de cette nature procurent un plaisir qui fait plus que contre-balanccr la peine qu'elles demandent. Ontre le charme attaché aux spéculations abstraites, celles-ci ont une relation intime et constante avec les plus précieux intérêts de l'espèce humaine; et à une époque où , de toutes parts , on ne voit guère que démoralisation et corruption , qu'apostasie ou bassesse, il y a peut-êlre plus de sagesse que d'égoï^me à partager l'apathie générale avec laquelle on paraît envisager tout cela , et à diriger notre curiosité sur des siècles écoulés ou des objets différents de ceux que nous avons sous les yeux.

(i) Mot qui , dans l'acception anglaise, signifie la masse des preuve» juridiques dans un procès.

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