‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 3)Chapitre 14 sur 111 · DU BUT DES PEINES · texte numérisé non relu

DU BUT DES PEINES

avec une certaine force pour l'en détourner. La valeur totale de la peine lui paraît-elle plus grande que la valeur totale du plaisir, la force répulsive sera la force majeure ; l'acte n'aura pas lieu '.

Par rapport à un délinquant donné , on peut prévenir la récidive du délit de trois manières ;

1° En lui ôtant le pouvoir physique de le commettre ;

2° En lui en faisant perdre le désir;

3° En lui en ôtant l'audace.

Dans le premier cas , l'homme ne peut plus commettre le délit; dans le second, il ne le "veut plus; dans le troisième, il peut le vouloir encore, mais il' ne Vose plus. Dans le premier cas, il y a incapacité physique; dans le second, réformation morale; dans le troisième , intimidation.

La prévention générale s'opère par la dénonciation de la peine , et par son application , qui , selon l'expression commune et juste, sert à^ exemple : la peine soufferte par le délinquant offre à

' Je dis valeur totale , pour comprendre les quatre circonstances dont se compose la valeur d'une peine ou d'un plaisir: intensité, proximité, certitude, durée.

Ceci obvif aux objections que Locke a faites , liv. II . chap. XXI ) contre la proposition que a l'homme est déterominé oar son plus grand bien apparent. » »

Dr liUT DES PEINES. I f)

cliaciiii un exemple de ce (ju'il aurail à souHVir en se rendant coupable du même délit.

La prévention générale est le but principal dos peines; c'est aussi leur raison juslificativc. A ne considérer !c délit passé que comme un fait isolé qui ne peut plus revenir, la peine serait en pure perte; elle ne ferait qu'ajouter un mal à un autre: mais quand on considère qu'un délit impuni laisserait la carrière libre, non seulement au même délinquant, mais encore à tous ceux qui auraient les mêmes motifs et les mêmes occasions pour s'y livrer, on sent que la peine appliquée à un individu devient la sauvegarde universelle. La peine, moyen vil en lui-même, qui répugne àtous les sentiments généreux , s'élève au premier rang des services publics quand on l'envisage, non comme un acte de colère ou de vengeance contre un coupable ou infortuné qui cède à des penchants funestes, mais comme un sacrifice indispensable pour le salut commun.

Par rapport à un délinquant particulier , nous avons vu que la peine avait trois objets, incapacitation, réformation, intimidation. Son délit estil de nature à inspirer une grande alarme, en manifestant une disposition très nuisible , il faut lui ôter le pouvoir de récidiver. Mais si le délit, moins dangereux , ne justifie qu'une peine passagère, et qu'on rende le coupable à la société, il

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faut que la peine ait les qualités propres à le réformer ou à l'intimider.

Après avoir pourvu à la prévention des; délits futurs, il reste encore au magistrat à réparer autant qu'il est possible le délit passé, en accordant une satisfaction à la partie lésée , c'est-àdire un équivalent en bien pour le mal souffert.

Cette satisfaction , fondée sur des raisons qui ont été développées ailleurs ' , ne semble pas appartenir au sujet des peines, puisqu'elle concerne un autre que le délinquant , et paraît au premier coup d'œil n'avoir rien de commun avec lui. Maisces deux buts ont une liaison réelle. Ilest despeincsqui ont le double effet de fournir un dédommagement à la partie lésée . et d'infliger au délinquant une souffrance proportionnelle. Ainsi les deux buts se trouvent remplis par une seule et même opération. C'est là, en certains cas, l'avantage éminent des peines pécuniaires.

' Traites , etc., lom. II, quatrième partie, chap. XVI.

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