‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 3)Chapitre 44 sur 111 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

Des inulilalions.

J'entends par mutilation l'extirpation de quelque partie externe du corps humain, douée d'un mouvement distinct ou d'une fonction spécifique, dont la perte n'entraîne pas celle de la vie : les yeux, la langue , les mains, etc.

Quant à l'extirpation du nez et des oreilles, ce n'est pas mutilation proprement dite. Pourquoi ? parceque ce n'est ni la partie externe du nez, ni la partie externe des oreilles, qui exercent les fonctions de ces deux sens : elles les protègent, les aident, mais elles ne les constituent pas. 11 y a donc une différence entre la mutilation qui entraîne la privation totale d'un organe, et celle qui ne détruit que son enveloppe. Ce n'est qu'une espèce de défiguration : l'art peut réparer en partie cette perte.

Atquc iterum Mctiophili fcncm tam grandis fibida vesiil Vl sit Comœdis omnibus una satis.

Fœminarum fibulalionem soUicitudo maritalis cum apud b.irbaros oonnullos iiivenissc dicitur, liun ctiam apud Hispanos recenliores. Apud Turieiu Londinensem, ni l'allor, inslrumentuui ccrnere esl ut inlcr Arinadu) Ilispanica," spolia, huic usui, ut pitiidicanl, d-îstiiiatum. Est aiinullns qucui (lavis aporit a marito cuslodienda.

Chacun sait combien la mulilalion a été frétjiicnte autrefois dans la plupart des systèmes pénaux. Il n'en est aucune espèce qui n'ait été pratiquée en Angleterre, jusque dans un temps assez moderne. La peine de mort pouvait être comnmée en mutilation, d'après la loi commune. Par un statut passé sous Henri VIII, on devait avoir la main di'oite coupée pour avoir tiré du san^ malicieusement dans toute maison où le roi réside. Par un statut du temps d'Elisabeth, l'exportation d'une brebis était punie par l'amputation de la main gauche. Depuis, toutes ces peines soni tombées en désuétude, et l'on peut considérer la mutilation comme étrangère dans le fait au code pénal de la Grande-Bretagne.

Examen des peines afflictives complexes.

Les peines afflictives simples sont assez faciles à évaluer, parcequc leurs conséquences pénales sont toutes du même genre, et qu'elles ont un effet immédiat; toutes les autres offrent de plus grandes difficultés dans leur estimation , parce- 'jue leurs conséquences pénales sont très diverses, plus ou moins certaines, plus ou moins rapprochées. Les peines afflictives simples ne sont nulles pour personne; toutes les autres peines pèchent sous le rapport de la certitude. Plus les

lo8 PEINES AFFLICTIVES COMPLEXES.

conséquences en sont éloignées, plus elles échappent à ceux qui manquent de prévoyance et de réflexion.

Autour d'une peine affliclive simple, on peut tracer un cercle où est renfermé le mal de la punition : autour des autres peines, on voit s'étendre une circonférence de mal qui n'est ni limitée ni susceptible de l'être; c'est du mal en général, un mal vague et universel qu'on ne saurait déterminer avec précision. Quand les effets des peines sont vagues, il y a beaucoup moins de choix à faire : car ceux de Tune peuvent être ceux de l'autre, et les mêmes conséquences pénales peuvent résulter de modes de punir très différents. Tout ce qu'on en dit se réduit à de simples probabilités, et le choix tourne uniquement sur la présomption que telle peine a une chance plus grande que telle autre de produire telle conséquence pénale.

Indépendamment de la souffrance organique , les peines qui affectent l'extérieur de laj)ersomie produisent deux effets désavantageux : au physique , l'individu peut devenir un objet de dégoût; au moral, il peut devenir un objet de mépris : en deux mots, il en peut vcsullcr perte de beauté ou perte de réputation.

Une de ces peines qui a plus d'effet au moral qu'an physique , c'est une marque qui ne pro-

PEINES AFFLICTIYES COMPLEXES. ÏO9

(luit qu'un changement de couleur et l'impression d'un caractère sur la peau : mais cette marque est une attestation que l'individu s'est rendu coupable de quelque acte auquel on attache du mépris, et l'effet du mépris est de diminuer la bienveillance , principe de tous les services libres et gratuits que les hommes se rendent entre eux : or, dans cette dépendance continuelle où nous sommes de ceux qui nous entourent , ce qui tend à diminuer la bienveillance renferme en soi la chance d'une multitude indéfinie de privations". Quand cette marque est infligée à raison d'un délit, il est essentiel de lui donner un caractère qui annonce clairement l'intention du fait, et qui

' Stedman raconte un Irait qui prouve bien ce qui a été dit sur les conséquences indéflnies de ces peines. Il parle d'un Français, nommé Destrades, qui avait introduit à Surin^ira la culture de l'indigo, elqui, pendant plusieurs années, avait joui dans cette colonie de l'estime générale. Étant chez un de ses amis à Démérary, il devint malade d'un abcès qui se forma à l'épaule. Il ne voulut pas souffrir qu'on le visitât : le mal empira au point de devenir dangereux, mais sa résistance fut toujours la même. Enfln n'espérant plus guérir, il termina lui-même ses jours d'un coup de pistolet. Alors le secret fut révélé. On trouva sur l'épaule la marque d'un Y , ou voleur.

Narrative ofan expédition against the revolted Negroes of Surinam, by major Stedman , chap. xxvii.

IIO PEIKES AFFLICTIVES COMPLEXES.

ne puisse pas se confondre avec des cicatrices et des marques accidentelles. Il faut donc que la marque pe'nale ait une figure déterminée: et la plus convenable , comme la plus commune , est la lettre initiale du délit. Chez les Romains on imprimait au front des calomniateurs la lettre K. — En Angleterre, pour homicide commis d'après une provocation, les délinquants sont marqués dans la main de la lettre M ( abrégé de manslaughtej^) ^ et les voleurs, de la lettre T ( abrégé de theft). En France la marque des galériens était composée des trois lettres initiales G. A. L.

En Pologne Tusage était d'ajouter une expression symbolique : la lettre initiale du crime était renfermée dans la figure d'une potence. Dans rindostan , parmi les Gentous, on emploie dans les stigmates un grand nombre de figures symboliques bizarres.

Un moyen beaucoup plus doux, qui se rapporte au même chef, est la pratique trop peu usitée de donner aux délinquants un costume particulier qui serve de livrée au crime. A Hanau, en Allemagne, les gens condamnés aux travaux publics étaient distingués par une manche noire sur un habit blanc. C'est un expédient qui a pour objet de prévenir l'évasion ; comme note d'infamie, c'est une addition à la peine.

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