CHAPITRE IV
DE L EMPRISONNEMENT
Il faut distinguer le simple emprisonnement de Temprisonnement afflictif ou pénal. Le premier n'est pas une peine proprement dite, c'est une précaution nécessaire; on veut s'assurer de la personne d'un individu soupçonné d'un délit assez grave pour qu'il cherchât, s'il est coupable, à se dérober par la fuite aux peines de la loi.
En fait de sévérité , le simple emprisonnement ne doit pas aller au-delà de son but. Toute rigueur excédant l'objet de la sûre garde est un abus.
L'emprisonnement afflictif ou pénal doit être plus ou moins sévère, selon la nature du délit et la condition du délinquant. Le travail peut être imposé à tous, mais non sans exception, et toujours avec beaucoup de ménagements pour l'âge, le rang , le sexe et les forces des individus. Les peines particulières qu'on peut y ajouter, et sur lesquelles nous reviendrons dans le chapitre sui-
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vant, sont la diète, la solitude et \2i privation de la lumière.
LVmprisonneraent est-il infligé comme moyen de contrainte 3 plus il est sévère, mieux il va au but. Si la peine est prolongée , mais légère, il est à craindre que celui qui la souffre ne s'y accommode par degrés, au point qu'elle cesse en quelque façon d'opérer sur lui. Yoilà ce qu'on observe fréquemment parmi les prisonniers débiteurs. Dans la plupart des geôles ( en Angleterre) les moyens de jouissance sont si abondants pour quiconque peut se les procurer , qu'un grand nombre de prisonniers se réconcilient passablement avec leur situation. Quand les choses en sont là, l'emprisonnement ne sert presque plus à rien.
Ptendez la peine plus sévère pour la rendre plus courte; la somme totale en sera moindre. Au lieu d'affaiblir les sensations pénibles en les dispersant sur la longue durée d'un emprisonnement mitigé, vous augmentez considérablement leur effet en les réunissantsur le court espace d'un emprisonnement rigoureux. La même quantité de peine ira donc beaucoup plus loin de cette manière que de l'autre. De plus, les inconvénients pour l'avenir seront moins fâcheux. Dans le long cours d'une ennuyeuse détention, les facultés de l'individu s'énervent, son industrie sus-
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pendue s'affaiblit, son commerce souffre, ses affaires passent en d'autres mains, toutes les occasions favorables d'avancer sa fortune , qui auraient pu se présenter à lui s'il eût été libre , sont perdues sans retour. Tous ces maux contingents et éloignés, qui ne produisent aucun bon effet ni pour lui ni pour l'exemple , seront épargnés en rendant la peine sévère et courte.
Telle est la nature de l'homme , que s'il était laissé à lui-même , dans un état oii il ne pût pas exercer sa faculté locomotive, il serait bientôt en proie à une variété de maux organiques qui, après de longues souffrances , aboutiraient nécessairement à la mort. L'emprisonnement, en y ajoutant la durée et l'abandon , serait donc nécessairement une peine capitale ; mais puisqu'il entraîne une variété infinie de maux dont l'individu n'a plus le moyen de se garantir, et qui dépendent des précautions prises pour l'en préserver, il suit de là que, pour se faire une idée juste de l'emprisonnement, il ne faut pas le considérer simplement en lui-même, mais l'examiner dans ses modes et ses conséquences : et nous verrons que, sous le même nom, on inflige des peines très différentes. Sous un nom qui ne rappelle à l'esprit qu'une simple circonstance de confinement dans un lieu particuHcr, l'emprisonnement peut renfermer tous les maux possibles.
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depuis ceux qui en sont une suite nécessaire jus- (ju'à d'autres qui s'élèvent de rigueur en rigueur, ou plutôt d'alrocité en atrocité, jusqu'à la mort la plus cruelle , sans aucune intention de la part du législateur, mais toutefois par une négligence absolue; négligence aussi facile à expliquer que difficile à pallier '.
' « Ily a ua demi-siècle que rimmorlcl HuwarcI commença celte illustre carrière qui l'a placé parmi les grands bienfaiteurs de sa patrie et du genre humain. Ceux qui ne connaissent pas les ouvrages de cet homme extraordinaire ne peuvent se former qu'une notion trèf* imparfaite de l'état des prisons en Angleterre à ce période. Des donjons ténébreux, luimides, fétides, sans venlilalion, des chaînes et des fers d'un poids accablant, une nourriture malsaine et insuffisante, tel était le traitement général des prisons. On peut concevoir de quelle sensation on était saisi en entrant dans ces cachots infects , lorsqu'on lit dans lîoAvard que peu de geôliers voulaient courir le risque de l'y accompagner; — que dans sa première visite , les feuilles de son journal étaient si lâchées par l'infection de l'air , qu'il ne pouvait plus s'en servir; • — que le vinaigre , qu'il portait avec lui comme préservatif , avait bientôt perdu ses propriétés , et que ses babils avaient contracté une odeur si offensive qu'il ne pouvait pas Il supporter dans une voiture fermée.
» Quoiqu'un trailemcnl si cruel n'eût aucune sanction légale, quoique la torture, sous aucune forme, ne fil partie de la sentence du condamné, toutefois un tel emprisonnomenl entraînait des souffrances équivalentes à la torture, et duni la ; cule pensée l'ail frémir riiumanité. Une fatale maladie,
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Nous allons classer sous Irois chefs les circoiislaiices pénales de la détention : i° inconvc-
coiinue sous le nom de Jîh're des prisons (G aoldi'stemper), jvail fail à différentes époques de terribles ravages. Vers le milieu du seizième siècle fut tenue à Oxford cette fameuse assise, caractérisée d'après ses suites par la dénomination d'assise noire, où tous ceux qui étaient présents dans le tribunal, le juge, le shérif et trois cents personnes, atteints de cette conlagion . périrent misérablement en moins do qiKir.inte lieiires : et le lonl Bacon, faisant allusion à cet événement, observe que les «miasmes les plus pernicieux, naprès la peste, sont ceux d'une prison où des prisonniers • ont été long-temps et étroitement enfermés. Aussi , dit-il, «avons-nous vu deux ou trois fois de notre temps les HJuges qui siégeaient dans la cour, et les témoins ou autres «personnes qui assistaient au procès, être attaqués de cette "infection et en mourir, » On pourrait rapporter beaui;oup de cas du même genre, et même aussi récemment que vers le milieu du siècle dernier ; la fièvre des prisons s'introduisit dans le tribunal de l'Old Bailey, et les juges qui présidaient l'assise en furent les premières victimes. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'avant Howard, au lieu de songer à réformer les prisons ^ à y introduire la ventilation et la propreté, après ces accidents si déplorables, on se bornait à recommander aux shérifs de pourvoir au transport des prisonniers malades dans quelque lieu de sûreté.
On peut bien croire que les prisons dans le reste de l'Europe n'étaient pas dans un meilleur état qu'en Angleterre.
{^he Jifih Report fur thc iinprovcincnt qf prison discipline, pag. lô-ifi.)
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nients nécessaires^ ceux qui naissent de l'état de prisonnier , et sont de Tessence de l'emprisonnement; 1° inconvénients accessoires , qui ne sont pas de nécessité; mais qui en sont des suites très communes ; 3" inconvénients abusifs.