CINQUIÈME SECTION
PeiiK's transilives.
ISous avons TU que toutes les peines affectaient non seulement celui qui les subit , mais encore ceux qui ont des liaisons naturelles avec lui, et que leur participation à sa souffrance était inévitable. Il ne s'agit donc ici que des peines que le législateur, par une loi expresse , fait tomber sur les personnes liées avec les délinquants, des peines qui ne dépendent que de lui , et qu'il peut faire cesser parcequ'il les a créées. Ainsi , en Angleterre , en certain cas, le petit-fils innocent ne peut hériter du grand-pcre innocent, parceque ses droits se sont altérés et perdus en passant par le sang du père coupable : ce que les jurisconsultes anglais appellent corruption du sang.
Tout l'argument gît dans la métaphore. Ce terme cabalistique répond à lout; et la justesse de cette méta[)hore ne roule que sur tXcux suppositions.
L'une est que, quand un homme a commis un de ces délits (\(i félonie , son sang éprouve immédiatement nnv. fermentation putride , et que ce sang est réellement corrompu.
L'autre est qu'après cette fermenlalioii putride
2° TR\NS1TIVES. 3(S l
et celte corruption de sang, Il devient juste et nécessaire de priver sa femme et ses enfants de toutes les propriétés qu'il avait possédées, et non seulement de colles qu'il avait possédées, mais de celles (pi'il aurait possédées dans un temps futur , et (]ui leur auraient été transmises en passant par lui.
N'entrons pas dans cette polémique. Laissons ce honteux jargon. Voyons ce qu'on peut dire pour justifier les peines transitives.
Après la peine qui m'est personnelle , une peine qui tombe sur ceux qui me sont chers est encore une peine contre moi-même. Je participe aux souffrances de ceux auxquels je suis attaché par les plus fortes sympathies. Je pourrais braver des maux qui ne seraient que pour moi : je serai retenu par la crainte d'entraîner dans ma ruine ceux qui sont les premiers objets de mes affections.
Les peines contre la famille d'un délinquant sont donc des peines contre lui-même.
Ce principe est vrai: mais est-il bon? est-il conforme à l'utilité ' ?
Demander si une peine de sympathie agit avec
■ Traités de. Législation, tom. II. Des Peines (iherrantes ou déplacées. On :\ iransLiit ici deux ou trois paragraphes pour éviter des renvois.
autant de force qu'une peine directe, c'est demander si en géne'ral l'attachement qu'on porte à autrui est aussi fort que l'amour de soimême.
Si l'amour de soi-même est le sentiment le plus fort, il s'ensuit qu'on ne devrait recourir aux peines de sympathie qu'après avoir épuisé tout ce que la nature humaine peut souffrir en fait de peines directes. Point de torture si cruelle qu'on ne dût employer avant de punir l'épouse pour le fait de l'époux , et les enfants pour le fait du père.
Je vois dans ces peines déplacées quatre vices principaux.
1° Que penser d'une peine qui doit souvent manquer , faute d'objets sur lesquels on puisse l'asseoir? Il y a beaucoup d'hommes qui n'ont plus leur père ni leur mère , qui n'ont ni femme ni enfants. II faut donc applitjucrà cette classe d'hommes une peine directe ; mais dès (ju'il y a une peine directe contre ceux-ci , pourquoi ne suffirait-elle pas contre les autres ?
2° Et cette peine ne suppose -t- elle pas des sentiments qui peuvent ne point exister? Si le délinquant ne se soucie ni de sa femme ni de ses enfants, s'il lésa pris en haine , s'iJ est indifférent tout au moins au mal qui les concerne , cette partie de la peine est nulle pour lui.