Tendance à l'amendement moral
Toute peine a un certain effet pour intimider; mais si le délinquant, après l'avoir subie, n'est retenu que par la crainte , il n'est pas réformé : la réforme est un changement dans le caractère et les habitudes morales.
Une peine a une tendance à réformer le moral quand elle est calculée de manière à affaiblir les motifs séducteurs, et à renforcer les motifs tutélaires.
Il en est qui ont une tendance opposée : elles rendent l'homme vicieux plus vicieux encore. Les
peines infamantes sont très-dangereuses sous ce rapport, quand on les applique à des délits légers et à des fautes de jeunesse. DiUgentïus enim vîrit, ctii aliquid integris supej^est. ISemo digniiati perditœ parcit. Impunilati genus est javi non hahere pœnœ locum *.
Mais le plus grand danger est celui des prisons : lorsqu'on entasse pèle-mèle de petits filous et des voleurs de grand chemin , des jeunes gens novices dans le mal et des scélérats endurcis, des jeunes filles coupables de quelque larcin et des femmes perdues. L'oisiveté seule serait une source de corruption : les liaisons qui s'y forment ont toujours des conséquences funestes. De tels établissements sont des écoles publiques de perversité.
lO.Converlibilitéen profit.
Qu'une peine soit convertible en profit , c'est une qualité de plus, et qui, dans plusieurs cas, est d'une grande valeur.
Quand un crime est commis et ensuite puni, il en résulte deux lots de maux , — le mal du délit , — et le mal de la peine. Dans tous les délits où il y a une partie lésée , si la peine est de nature à donner un profit , appliquez ce profit à la partie lésée , vous guérissez le mal du délit ; et en soldant le compte, il ne reste plus qu'un lot de mal au lieu de deux qui
1 Senec, De clem., cap. xxii.
existaient d'abord. Quand il n'y a point eu de partie lésée, comme dans les délits dont tout le mal consiste en alarme ou en danger, il n'y a point de blessure à guérir : mais cependant si la peine est de nature à donner du profit, c'est une somme nette de bien dans la balance.
Cette propriété se découvre dans cette espèce de peine qui consiste en déchéances de pouvoir : le poste honorable ou lucratif perdu par les uns est obtenu par d'autres plus dignes. Mais les peines pécuniaires sont les seules qui soient complètement douées de cette qualité.