SECONDE SECTION
Des peines consistant à déshabiliter un organe.
Déshabiliter * un organe , c'est en suspendre ou
en détruire l'usage , sans détruire l'organe même.
Il n'est pas nécessaire d'énumérer ici tous les
1 En anglais, to dîsable et dîsablement. Ce mol manque à la langue française. Déshabiliter, c'est rendre inhabile.
organes , ni tous les moyens par lesquels on peut suspendre ou détruire leurs fonctions. Nous avons déjà vu qu'il serait inutile d'avoir recours à une grande variété de peines afflictives , et qu'il y aurait même des inconvénients à le faire. Dans la loi du talion , le catalogue des peines serait le même que celui des délits.
I. L'organe visuel. — On en suspend l'usage, soit par des applications chimiques , soit par un moyen mécanique, comme un masque ou un bandeau. On peut détruire la faculté visuelle par des moyens chimiques ou mécaniques.
Aucune jurisprudence en Europe ne fait usage de cette peine. Elle a été employée autrefois , et surtout à Constantinople, sous les empereurs grecs, moins comme une peine, il est vrai, que comme un moyen politique pour rendre un prince incapable de régner. L'opération consistait à passer une lame ardente de métal devant les yeux.
II. L'organe auditif, — On peut détruire la faculté de l'ouïe en détruisant le tympan : on peut produire une surdité passagère , en remplissant de cire le conduit de l'oreille. Comme peine légale , je n'en connais point d'exemple.
III. L'organe de la parole. — Le bâillonnement a été plus souvent employé comme moyen de précaution par des délinquants que comme moyen de peine par la justice. Le général de Lally fut envoyé au supplice avec un bâillon dans la bouche, et cette précaution odieuse ne servit peut-être pas peu à
tourner l'opinion générale contre les juges , quand sa mémoire fut réhabilitée. On s'est servi quelquefois de cette peine dans les prisons et dans le militaire. Elle a le mérite de l'analogie , quand le délit consiste dans l'abus de la faculté de parler.
On se sert quelquefois , pour bâillonner, d'une pointe fixée dans les deux mâchoires , qui les tient immobiles ; quelquefois d'une balle forcée, etc.
IV. Les pieds et les mains, — Je ne parle pas des moyens variés par lesquels on pourrait les mettre hors de service sans retour. Si on était réduit à le faire , l'exécution ne présente aucune difficulté.
\^^% menotte s sont des anneaux de fer qui serrent les poignets , et qui sont liés entre eux par une barre ou par une chaîne. Cet appareil empêche complètement un certain nombre de mouvements, et peut être employé de manière à les empêcher tous.
h^i fers aux pieds sont des anneaux passés dans les deux jambes, unis de même par une chaîne ou par une barre, selon l'état de gène qu'on veut produire. Les menottes et les fers sont souvent employés conjointement. On fait universellement usage de ces deux moyens, quelquefois comme peine proprement dite , mais plus souvent pour prévenir % ,ç* l'évasion du prisonnier.
^^' he pilori est une planche fixée perpendiculaire- U. ment sur \in pivot qui tourne; et cette planche a
des ouvertures dans lesquelles on fait passer la tète et les mains du patient qu'on expose aux regards
de la multitude. Je dis aux regards : telle est l'intention de la loi ; mais le plus souvent c'est aux outrages dé la populace qu'on le livre sans défense. Et alors la peine change de nature; sa sévérité dépend du caprice de cette foule de bourreaux. La victime , car alors c'en est une , couverte de fange, le visage meurtri et sanglant , les dents brisées , les yeux enflés et fermés , n'a pas un trait reconnaissable. La police, du moins en Angleterre, voit ce désordre sans chercher à l'arrêter : et peut-être ne le pourrait-elle pas. Un simple treillis de fer, en forme de cage , autour du pilori , suffirait pour arrêter du moins tout ce qui peut porter des coups dangereux.
Le carcan y instrument de peine qui a été en usarge-^ëhi plusieurs pays, et très-commun à la Chine, est une espèce de pilori portatif : une planche, en guise de collier, couchée horizontalement sur les épaules , et que le délinquant est assujetti à porter, sans relâche, pour un temps plus on moins long *.