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CHAPITRE VII

PLAN GÉNÉRAL d'eMPRISONNEMENT.

Il doit y avoir trois sortes de prisons , qui diffèrent dans leurs degrés respectifs de sévérité. La première, pour les débiteurs insolvables dans le cas où il y aura preuve de témérité et de prodigalité ; la seconde , pour des malfaiteurs condamnés à un emprisonnement temporaire ; la troisième, pour ceux dont l'emprisonnement est perpétuel.

I. Quant aux débiteurs, ils doivent être considérés comme banqueroutiers, soumis sous des peines sévères à l'obligation de donner pleine connaissance de leurs propriétés. L'emprisonnement ordonné comme une mesure de routine est une rigueur bien superflue : il faudrait le réserver pour les cas où il y a témérité et prodigalité prouvées : mais on pourrait, en première instance, présumer la témérité et la prodigalité , en laissant au débiteur à se disculper par l'examen de sa conduite.

Le même lieu de détention peut servir pour tous ceux qui, pendant le cours des procédures, doivent être tenus sous la main de la justice avant qu'elle ait prononcé sur leur sort. Cet emprisonnement n'est que de précaution : il n'a pour objet que la sûre

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garde, il ne doit pas aller au delà : point de rigueur, ni apparente ni réelle *.

II. La seconde espèce de prison , celle des malfaiteurs condamnés pour un temps limité, est destinée à la correction et à l'exemple. Il faut donc que la peine réelle et la peine apparente soient sur un pied d'égalité. Le travail doit être joint à la détention.

La fin de leur séjour, la dernière semaine, ou le dernier mois, sera marqué par une diète de pénitence, — la solitude, les ténèbres , le pain d'amertume. Il importe que la dernière impression soit de tristesse et de douleur. Une marque infamante est convenable dans cette prison , mais seulement une marque temporaire , consistant dans un costume particulier. Elle sera bonne à deux fins : — Vexemple, comme ajoutant beaucoup à la peine apparente ; — la siireté, comme tendant à prévenir l'évasion.

III. La troisième espèce de prison, celle des malfaiteurs condamnés à vie, est destinée à l'exemple seulement, puisque les délinquants de cette classe ne doivent jamais être rendus à la société. Il faut de même leur imprimer une marque infamante, mais une marque indélébile. La condition apparente du délinquant doit être aussi misérable que possible, sans trop exciter la pitié : sa condition réelle

1 Le même lieu peut servir pour des délits qui ne louchent point à rhonneur : des contraventions de police , etc.

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doit être adoucie autant que la nature de la chose le permet. Là , l'homme d'un état plus élevé doit avoir le choix de ses occupations. Celui qui a un métier sera tenu de travailler pour son entretien , mais il faut lui donner une part dans le profit de son industrie.

11 existe plusieurs prisons en Europe où l'entretien des prisonniers est fondé sur des bénéficences privées. Ces bénéficences sont une preuve authentique de la négligence la plus coupable de la part du gouvernement. Abandonner des prisonniers aux charités publiques, c'est les livrer à la mort, si ces charités sont insuffisantes. Le nécessaire doit leur être donné par l'État ; au delà de ce nécessaire, il ne faut rien. Le déficit est affreux, le superflu est nuisible.

Par la même raison , toute donation casuelle à des délinquants particuliers doit être interdite : non qu'on doive défendre de leur faire des dons en argent , mais il faut empêcher que ces libéralités ne soient consommées en bonne chère et en liqueurs fortes. Les donations ainsi restreintes favoriseraient la restitution.

Il règne un grand désordre à cet égard dans toutes les prisons. Les délits les plus nombreux sont ceux de rapacité ; mais plus le délinquant a été coupable , c'est-à-dire plus il s'est approprié du bien d'autrui , plus il a d'aisance et de jouissance dans sa prison. Ses vols deviennent sa récompense. Il est rare que tout le produit de son crime soit

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