‹ Théorie du droit constitutionnel français esprit des constitutions de 1848 et de 1852 et des sénatusconsultes organiques précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions francaisesChapitre 107 sur 567 · CAUSES DE L'INÉGALITÉ DES RICHESSES · texte numérisé non relu

CAUSES DE L'INÉGALITÉ DES RICHESSES

distribution du domaine d’un seul des vaincus entre plusieurs vainqueurs. En thèse générale, l’usurpation n’entruîne qu’un déplacement de propriété; elle donne au spoliateur ce que possédait le spolié; elle n’augmente en rien la valeur usurpée. A l’égard des esclaves, ils étaient bien moins nombreux que ceux qui se disent aujourd’hui prolétaires. Leur affranchissement a souvent été accompagné de donations; beaucoup ont dû être remplacés par des propriétaires fonciers. Enfin, la révolution a fait disparaître les derniers vestiges politiques du servage, de la conquête et de 1a féodalité. Depuis ce temps, la population s’est accrue d’environ dix millions d hommes, qui, suivant toutes les probabilités, n’ont pas grossi la classe des riches. Il y a donc une cause d’inégalité qui a survécu à celles-là, et qui agit avec plus de persistance.

Cette cause, c’est la multiplication aveugle do l’espèce.

325. Il est un certain minimum de valeur nécessaire à la subsistance de chaque individu. La population ne peut évidemment dépasser un nombre d’hommes égal à la somme des revenus du pays, divisée par le minimum dont je viens de parler. Si l’on suppose ce minimum égal à cent, et le revenu national égal à dix milliards, le maximum de la population sera de cent millions ; mais le chiffre réel sera , en général, inférieur de beaucoup, parce qu’il faut tenir compte des habitudes de chaque homme, du milieu dans lequel .il vit, et d’une masse considérable de capitaux qui ne produisent pas de revenu effectif (f).

326. Pour accroître le bien-être d’un peuple, et surtout des classes pauvres, il n’y a que deux moyens : augmenter la masse des produits, diminuer le nombre des hommes.

Le premier est insuffisant : la force génératrice de l’espèce est incroyablement plus grande que la force productrice des richesses. Admettons que chaque mariage donne seulement naissance à quatre enfants, en trente-trois ans, chaque

(1) La loi de la population a été surtout développée et démontrée par Malthus. Mais la découverte de la vérité ne procure pas toujours à son auteur une' gloire sans mélange. Beaucoup de personnes ont accusé Malthus do favoriser l'bomicide et la destrurtion de l’espèce. Il me semble voir des malades imputer leur maladie au médecin qui en fait la description.

ISO l’RfiAMHCLK. ART. IV. — PROPRIÉTÉ,

couple serait remplacé, au bout de dix siècles, par plus de deux milliards d’individus, si le défaut de subsistances n’opposait une barrière insurmontable.

327. Peste le second moyen. La règle que dicte la prudence est fort simple. Un homme qui ne veut pas rendre sa famille malheureuse, aussi bien que lui-même, ne doit donner le jour qu’au nombre d’enfants qu'il peut entretenir et élever dans sa condition. Supposons tous les individus devenus prévoyants, on ne verra plus un superflu de population complètement dénué de ressources ou exposé à périr si quelque crise commerciale vient à éclater. L’inégalité ne sera pas immédiatement détruite; mais elle sera restreinte, et son cllet le plus terrible sera paralysé.

328. Plusieurs obstacles empêchent T homme de resserrer sa paternité dans des limites telles qu’il puisse en accomplir la principale obligation. D’abord T ignorance, puis l’application judaïque d’un précepte religieux (1). En disant : u croissez et multipliez , » on a peut-être voulu exprimer que l’homme est doué de la faculté de se reproduire indéfiniment. Si la nature des choses en avait fait un devoir, elle aurait pris soin de multiplier les objets nécessaires à la satisfaction des besoins irrésistibles qu elle nous a imposés; autrement elle n’aurait créé que pour anéantir aussitôt. Un troisième obstacle est la difficulté de formuler un conseil dans une matière où l’on touche au ridicule. Sous Louis- Philippe, un préfet s’avisa d’adresser des exhortations aux classes pauvres de son département; l’opposition T accabla de sottes plaisanteries. Quant à moi , je ne vois rien de ridicule à dire aux misérables : En vous multipliant, vous multipliez votre misère.

329. Heureusement , les lois de la prudence , bien que désavouées de ceux-là mêmes qui les connaissent (2), se transmettent de proche en proche par l’exemple. Dès longtemps, les nobles et les riches ont cherché à maintenir leurs enfants au niveau de fortune et d’élévation qu’ils avaient

(I) * Crescite et multiplienniini , et replete terrant, et subjicite eam,et » dominaniinl... uni versis animant ibns. . . » Genèse, verset 28.

(J) Plusieurs publicistes parlent X ce sujet de « crime contre nature » (V. entre antres M. Tliiers, Propriété). Il serait curieux de vérifier s’ils prêchent d’exemple.

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