EU-E APPARTIENT AU PEUPLE ENTIER
volonté probable de leur transmettre sa propriété. Il en est différemment des générations successives dont se compose un peuple. Çn admettant que l’une d'elles put disposer de son propre sort et trafiquer de sa liberté au profit d’une famille, la génération suivante pourrait toujours revendiquer l’exercice de sa volonté, qu’elle n’a jamais enchaînée.
La souveraineté est donc inaliénable et imprescriptible,
404. La partie n’est pas égale ou tout. Les habitants d’une ville, les ouvriers d’un faubourg, une association soidisant populaire ne sont point la nation. Les clameurs confuses poussées par quelques centaines d’hommes armés dans le palais où siégeaient les membres d’un gouvernement] les cris partis du sein d une foule de curieux qui se pressent sur le passage d’un magistrat, ne suffisent point pour formuler la volonté de plusieurs millions de Français.
* II n’est guère d’orateurs ou d’écrivains qui hésitent à dire ce que veut la France. Us seraient plus circonspects, s’ils réfléchissaient mieux. On compte en France près de trente millions de personnes qui jouissent de leur raison, et ne se font pas faute de l’appliquer aux affaires publiques. Où est le statisticien assez intrépide pour affirmer qu’il connaît le sentiment de la majorité de ces trente millions ?
Les progrès de la civilisation , et partant l’ accroissement de la population, sont plus rapides dans les villes que dans Les campagnes ; dans les grandes villes que dans les petites; Il existe à Paris un immense foyer de richesses et de lumières. Paris exerce donc, par la force des choses, une grande influence sur le reste du pays ; mais cette influence doit résulter uniquement de l’exemple et de la persuasion. La capitale ne peut substituer sa volonté à celle de la France. U serait fûcheux, à (dus forte raison, que la constitution française dépendit d’un coup de main exécuté par une’ poignée de turbulents, secondés,4à leur insu, par des misérables flétris delà justice; ou bien d un coup d’état accompli par quelques régiments au profit d’un ambitieux.
403. Si la volonté nationale ne relève d’aucune volonté individuelle , elle n’en est pas moins soumise à la nature des choses. Les nations, comme les individus, doivent chercher la vérité, et, quand elles l’ont trouvée, y conformer leur conduite. De là l’illusion de ceux qui reconnaissent une pré-