Après avoir raconté, les rédacteurs, contrairement
à l’usage , donnent des motifs. La substitution d’une forme de gouvernement à une autre est un fait assez grave pour justifier cette dérogation à la méthode que suit en général le législateur. On a souvent déclaré la république inconciliable avec les mœurs de la vieille Europe , ou tout au moins prématurée dans l’état actuel des lumières; il importait peut-être d’introduire dans le texte même de la Constitution i’énumération des avantages que doit procurer l’établissement de la forme républicaine. •
205. Une forme de gouvernement est, quoi qu’on en ait pu dire, un instrument, un moyen : ce n’est point un but. Si la forme républicaine devait apporter plus de maux que de biens à l’humanité , ce serait une folie que de se passionner pour elle. La politique, comme la morale, ne prescrit des règles de conduite que pour parvenir à une certaine fin. Commençons par préciser le résultat, afin de mieux apprécier les moyens qui y conduisent.
20G. Quel est le but de la législation et de la morale? Vers quel résultat final doivent tendre les moralistes en formulant des préceptes de conduite, les législateurs en décrétant des lois , les publicistes en combinant des ressorts de gouvernement? Ce but, c’est le bonheur de l’humanité entière, de chaque nation et de chaque individu en particulier.
207. Pour le démontrer, il suffit presque d’énoncer le système inverse, qui consisterait à diriger toutes les forces du gouvernement et de la science vers le malheur des hommes. La perfection de la théorie des lois serait dans la découverte du moyen le plus pronipt et le plus cruel pour arriver à la destruction de l’espèce humaine. Personne n’a osé formuler de système analogue. D’ailleurs , il existe évidemment chez tous les hommes une tendance irrésistible à rechercher le bien-être, à éviter le mal. Chacun poursuit le plaisir, sous toutes ses formes, et fuit la douleur, dans toutes