Commençons par la liberté
On a beaucoup disputé sur ce sujet. La plupart de ceux qui l’ont traité se sont préoccupés, suivant l’usage, du résultat auquel ils voulaient arriver, et ont perdu de vue le sens naturel des mots. Chacun sent que la liberté de faire le mal doit être réprimée; mais s’ensuit-il que ce ne soit pas une liberté? D’autres, fixant exclusivement leur attention sur l’espèce de liberté qui leur paraissait la plus précieuse, ont refusé de reconnaître toutes les autres espèces, comme si la liberté de faire une chose indifférente n’était pas une liberté !
Évitons les écueils de la matière, et recherchons la signification ordinaire et naturelle du mot a définir. On appelle « esclaves » les hommes forcés d’exécuter les ordres d’un maître, d’obéir à la volonté d’autrui. Par opposition, l’homme « libre » est celui qui est affranchi de la domination des autres hommes, celui qui se conduit selon sa volonté personnelle. Donc, le mot # liberté » signifie la faculté de faire ce qu’on veut.
207. Celte faculté est-elle confirmée par la morale et le droit naturel : en un mot , est-elle un droit ?
Oui, en thèse générale, et sauf à déterminer plus tard dans quels cas elle cesse d’être un droit.
La démonstration est facile pour ceux qui admettent que le bonheur de l’homme est le but rationnel de la morale et de la législation. En effet, si l’on suppose un homme placé dans l’impuissance absolue de satisfaire ses désirs , cet homme sera le plus malheureux possible; il sera même anéanti, car si la volonté étrangère qui le domine pourvoyait à scs besoins, elle se conformerait sous ce rapport à sa pro-