‹ Théorie du droit constitutionnel français esprit des constitutions de 1848 et de 1852 et des sénatusconsultes organiques précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions francaisesChapitre 91 sur 567 · PRÉAMBULE. ART. IV. - PRINCIPES DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE. ART. IV. - PRINCIPES DE LA RÉPUBLIQUE

pre volonté : l’homme, excepté dans quelques cas extraordinaires où le désespoir l’aveugle, veut toujours et avant tout se conserver. En sens inverse, supposez un homme doué d’une puissance suffisante pour satisfaire constamment ses désirs dans toute leur étendue, cet homme jouira d’une félicité parfaite. Placez-le dans une situation intermédiaire, telle que la satisfaction de ses désirs soit intermittente et incomplète , il aura des alternatives de bonheur et de malheur. Concluons, avec Destutt-Tracy (1), que la liberté et le bonheur sont une seule et même chose, et que les degrés de bonheur sont constamment proportionnels aux degrés de liberté.

Cela explique, comme le dit le même auteur, pourquoi tous les hommes aiment la liberté, même sans qu’ils s’en doutent , car tous forment des désirs ; et pourquoi ils se sont fait des idées différentes de la liberté, car ils forment des désirs plus ou moins différents , et ne font pas consister leur bonheur dans la même chose.

Si la liberté est le bonheur , ou , ce qui est plus rigoureusement exact, la condition essentielle du bonheur (2), il s’ensuit que le législateur doit la conserver ou la procurer aux individus; que chaque individu est tenu de la respecter chez les autres. Donc, la liberté est le droit qu’un homme a de faire ce qu’il veut (dans la sphère du possible); ce droit a pour corrélatif le devoir imposé à tous les autres hommes de le laisser faire ce qu’il veut.

268. Tel est le principe ; mais qu’il est loin d’être absolu !

11 est aussi impossible que tous les hommes jouissent d'une liberté sans limites, qu’il est impossible que les corps se pénètrent les uns les autres. On peut se représenter la liberté de chaque individu comme une sorte d’atmosphère qui s’étendrait indéfiniment autour de lui , si elle ne rencontrait celle de son voisin. Chaque homme , par cela seul qu’il est membre d’une société , doit réprimer ses désirs , en taut que leur accomplissement serait préjudiciable aux autres

(I) Comment, sur l'Esprit des lois, liv. Xl,cli. i.

(’).) En effet le pouvoir d'accomplir le désir est distinct de l’accoinpIUsement du désir.

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