VÉRITABLE CAUSE; REMÈDES
633. Plus il y a de producteurs , plus les bénéfices de la production sont moindres pour chacun d’eux ; en effet , plus les copartageants sont nombreux pour une somme donnée , plus les parts sont petites. On en a conclu que la libre concurrence fait baisser outre mesure les bénéfices, et, partant, les salaires des ouvriers qui travaillent sous lu direction d’un producteur principal appelé entrepreneur ; or les salaires représentent la part de l’ouvrier dans le gain commun. Donc, s’est-on écrié, la liberté de concurrence engendre tous les maux des petits producteurs et des classes ouvrières.
Il y a là, ce me semble, une méprise. La cause du mal n’est point la liberté de travailler, mais le. nombre excessif des travailleurs. Partout où il y aura un excédant de population, par rapport à la quantité des moyens de subsistance, il y aura souffrance : pour la masse entière , si l’on suppose les fortunes égales; pour une partie de la population, si l’on suppose les fortunes inégales ; inégalité à laquelle il est impossible, comme je l’ai prouvé, de remédier pour le passé ni pour le présent. On uura beau changer tous les travailleurs en agents de l’État, comme l’ont proposé quelques publicistes (1); on ne diminuera pas leur nombre, et • on n’augmentera pas la somme des bénéfices (2) : la souffrance sera seulement répartie avec plus d’égalité sur toute la masse. Mais cette égalité même ne sera qu’apparente : les organisations faibles succomberont, comme dans l’état présent, jusqu’au rétablissement de l’équilibre.
634. La doctrine que je défends laisse deux questions à résoudre. N’y aurait-il pas quelque moyen de prévenir une exubérance future de population? J’ai répondu plus haut (n° 327 ). Y a-t-il des moyens de remédier aux souffrances qui résultent de l’exubérance actuelle de la population? Le texte en indique un assez grand nombre. Apprécions -les rapidement, et voyons s’il en est d’autres.
Rappelons-nous d’abord que la suppression ou le nivellement de la propriété sont des remèdes impuissants. On parviendrait bien de la sorte à ruiner les riches, mais non
(1) Entre autres, M. Louis Blanc i voir son Organisation du travail. (X) Au contraire , les producteurs n’étant plus stimulés par l’intérét personnel , le total de leurs gains sera moindre.
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à enrichir les pauvres. Gardous-nous donc d’inspirer aux,: pauvres la haine des riches, et surtout de rendre les riches responsables de l'imprévoyance de la génération antérieure. Bornons-nous à les avertir des sacrifices devenus nécessaires.! Tâchons de leur inspirer un 2èle plus ardent pour l’amélio-, ration du sort des travailleurs. , , ti
035. L’article 13 annonce sept ou huit moyens d’eMrrr; courager le travail, ou, pour mieux dire, de le faciliter qti de l’améliorer : le travail a un stimulant naturel; il est aussi superflu de porter des lois pour le favoriser que pour exciter* au mariage. -onj
Parmi ces divers moyens, .trois tendent à perfectionner le mode du travail; ce sont : l’enseignement primaire, l’é- j ducation professionnelle, les institutions agricoles (1),« comme les fermes-modèles. ..(n
On entend sans doute par éducation professionnelle, celle j qui prépare spécialement l’élève à la profession qu’il veut embrasser. Les connaissances littéraires, toujours agréables, j et souvent utiles, ne suffisent pas pour rendre capable d’exercer un métier, de pratiquer l’agriculture ou de faire le commerce. Il existe, sous ce rapport, dans les établissements publics d’instruction, Une lacune depuis longtemps • signalée, et que combleront les lois organiques; lacune d’autant plus fâcheuse, que le mode d’enseignement des arts et métiers, vulgairement pratiqué sous le nom d’apprentis- , sage, est vraiment déplorable. Du reste, l’État n’est pas tenu de donner gratuitement l’éducation professionnelle.
636. Deux autres moyens facilitent le travail : les institutions de crédit et les associations volontaires (2). Les
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(1) Mentionnées sur la demande de M. Danielo. — M. Michel proposait
de dire : « les colonies agricoles pour le défrichement et la plantation de » terrains nationaux et communaux incultes , par les familles pauvres aux- » quelles on en facilitera la propriété. » Celte rédaction , adoptée par l’Assemblée, a disparu lors de la révision, sans que l’on sache pourquoi. N’en concluons pas que l’idée qu’elle renferme soit inconstitutionnelle. On pourrait même aller plus loin. V. n° 62Î. . ,
(2) Addition proposée par M. Bourdon et justement repoussée : « les lois
» de douane et les traités de commerce. » Il ne faut pas sacrifier l’intérêt de , tous les consommateurs , c’est-à-dire de la nation entière, à l’intérêt de quelques producteurs qui veulent faire mal et chèrement ce qu’on fait bien et à bon marché en pajs étranger