LA CONDITION UNIQUE DE LA RÉVISION
violente pour se débarrasser d’un régime condamné comme vicieux par le progrès des lumières.
1390. La puissance qui crée peut détruire; le pouvoir qui promulgue une règle peut l’abroger. Cela est vrai des lois constitutionnelles, comme des lois proprement dites. J’ai fait voir qu’une constitution n’est point un contrat; c’est la volonté d’un peuple. Or, on ne saurait s’engager envers soi; l’obligation est un lien qui enchaîne une personne avec une autre, et non une personne avec elle-même. Ceci est vrai des peuples encore plus que des individus, puisqu’un peuple ne reste jamais identique ; il change à chaque instant par la destruction de ses anciens membres et par la génération des nouveaux.
1400. Donc la nation française peut toujours réformer sa constitution ; — elle le peut , quand même elle aurait manifesté antérieurement une volonté contraire ; — elle le peut à chaque instant, bien qu’elle ait annoncé l’intention de ne pas le faire avant une époque déterminée. Je n’aperçois qu’une seule condition nécessaire pour légitimer une révolution politique : c’est l’existence, supposée certaine, de la volonté nationale.
Dès lors, l’unique but que peuvent se proposer ceux qui veulent organiser le pouvoir constituant , c’est de constater la volonté souveraine et d’en prévenir les altérations.
Il est également dangereux de réglementer le pouvoir ' constituant et le suffrage universel , ce qui est à peu près la même chose. C’est tenter de mettre des bornes à ce qui est naturellement sans limites : à la toute-puissance.
■ f 4404. lin mode de révision (4) fut indiqué dans les constitutions de 4793 et de l’on 111; les suivantes furent supposées immuables , soit pour paralyser toute réforme ultérieure, soit pour réserver à leurs auteurs un droit de modification arbitraire. (V. n'” 402, 444.) L’Assemblée constituante et la Convention formulèrent nettement le principe de la souveraineté du peuple ; mais , faute d’études suffisantes , elles ne surent pas en déduire toutes les consé-
(I) Le mot réforme implique l’existence (l’un vice à corriger; le mot révision désigne un nouvel examen qui aboutira peut-être à une confirmation. ■ > • .