B CT DE LA LÉGISLATION. -ASCÉTISME
veloppé la théorie que je viens d'indiquer. Seulement, il appelle « utilité » ce que j’appelle « bonheur; » et ce simple changement de termes lui a valu la réprobation de beaucoup de jurisconsultes et de philosophes. 11 distingue avec soin l’utilité publique de l’utilité privée et subordonne la seconde à la première; on n’en a pas moins signalé en lui l’apôtre de l’égoïsme. Dans son catalogue des plaisirs, il place au premier rang les jouissances morales et intellectuelles-; ce qui n’a pas empêché de l’accuser d’épicuréisme. Mais une méthode qui débarrasse la législation et la morale de l’arbitraire du sentiment interne et des hypothèses religieuses devait susciter à son auteur trop d’adversaires prévenus.
216. Les jurisconsultes ascétiques ou religieux adoptent aussi pour devise lé bonheur de l’homme ; seulement, ils entendent par là , non pas un bonheur présent et terrestre, mais la félicité future promise en des lieux inconnus par le livre fondamental de leur religion : en d’autres termes, ils reculent la difficulté. Ils ne poussent pas néanmoins leur système jusque dans ses dernières conséquences qui obligeraient l’homme à se laisser mourir de faim pour atteindre plus vite le but désiré. Ils tolèrent la satisfaction des besoins irrésistibles; mais ils défendent la satisfaction des désirs, lorsque de la privation il doit résulter simplement une souffrance, et non la destruction complète de l’individu. L’homme, selon eux , n’a pas reçu la faculté de jouir pour l’exercer, mais pour la réprimer. La sagesse n’est pas l’art de restreindre les jouissances dans le cercle au delà duquel elles deviennent nuisibles : elle est la volonté de les supprimer absolument. Le législateur devrait , par suite , soumettre les hommes aux plus terribles épreuves, pour leur donner l’occasion de mériter, après leur mort, une récompense plus glorieuse.