SOUVERAINETÉ DK LA RAISON
veraineté du peuple par la souveraineté de lu raison (1).
La nature des choses est assurément plus puissante qu’une nation quelconque. Tous les habitants du globe s’uniraient vainement pour la modifier. De même que l’inconduite d’un individu lui cause des maux plus ou moins graves , de même la violation des lois de la morale expose un peuple à dépérir ou tout au moins à demeurer stationnaire.
Il y a donc des principes qui régissent les individus, les nations, l'humanité entière. Si c’est là ce que l’on entend par souveraineté de la raison , je ne veux point la méconnaître.
17. Mais donne-t-on bien ainsi la solution du problème? De ce qu’un propriétaire ne saurait enfreindre impunément certaines règles de droit positif, de morale ou d’économie, s’ensuit-il que le droit d’administrer son patrimoine appartienne à d’autres qu’à lui-même ? 11 ne peut, j’en conviens, sans s’exposer au blâme , faire servir sa chose à des usages nuisibles ou honteux ; mais il n’en est pas moins maître d’en disposer.
Les aveugles, s’écrie-t-on, doivent se laisser guider par les clairvoyants. Oui, sans doute, si l'on bannit toute figure de rhétorique. La distinction est facile dans le sens matériel ; mais parmi les milliers d’hommes qui prétendent diriger les affaires de l’État, à quel signe reconnaîtra -t-on les aveugles des clairvoyants ? De ces deux publicistes qui ser traitent mutuellement d’insensés, lequel devrons-nous croire?
18. Évitons soigneusement de confondre la question de savoir quelle personne a qualité pour faire un acte, et la question de savoir si, en faisant cet acte, on doit observer certaines règles. Ne mêlons point l’attribution effective du pouvoir avec l’art de gouverner, la compétence du tribunal avec les principes de la justice (2). Il ne suffit pas, pour dépouiller un peuple du droit de choisir son gouvernement, de démontrer qu’il doit, afin de prospérer, respecter les
(t)V. les écrits et les discours (le M. Guizot, deM. de Brogiie et de P. Rossi! — On a proclamé plus récemment (V. un discours de M. Barbés devant la haute cour en 1849) la souveraineté du but. Le fond de l’idée est précisément le même, sous une forme moins correcte.
(2) Cette confusion est la source de tout ce qu’il y a de louche dans les écrits des publicistes sur la question de la souveraineté. »