‹ Théorie du droit constitutionnel français, esprit des constitutions de 1848; précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions françaisesChapitre 10 sur 498 · H SOUVERAINETÉ DE LA RAISON · texte numérisé non relu

H SOUVERAINETÉ DE LA RAISON

principes de la morale et de l’économie politique. Et d’ailleurs, qui empêche un gouvernement populaire de se mon* trer fidèle à ces principes? Qui empêche un gouvernement d’origine différente de les violer ?

19. La personnification de la raison résulte d’une pure métaphore de langage. On entend par raison une faculté qui appartient à tous les hommes, bien qu’à des degrés différents; ou encore une collection de vérités, de règles reconnues certaines. Proclamer la souveraineté de la raison, c’est attribuer l’exercice de la puissance publique aux plus sages ou aux savants qui ont le plus approfondi la morale et la politique.

20. Si l’on réserve à la masse des citoyens la faculté de désigner les esprits supérieurs auxquels appartient le gouvernement, on se trouve ramené aup/incipe de là souveraineté du peuple, combiné, comme cela doit être, avec la règle de prudence qui prescrit de confier un mandat aux hommes les plus capables de le remplir.

Tout autre mode d’élection ouvre la porte à l’arbitraire, et tend , à vrai dire , à établir la souveraineté de l’ambition. Les sages et les savants ont en général des habitudes d’isolement, de la modération dans les formes, de l’hésitation dans le langage. Ils sont presque toujours exclus des affaires publiques par les hommes doués de quelques talents militaires ou oratoires.

Si les plus sages de la nation , de quelque manière que leurs droits à mettre en œuvre la souveraineté de la raison aient été vérifiés; si les plus sages, dis-je, sont obligés de recourir à la violence pour faire adopter leurs décrets, ils échoueront souvent; et, s’ils réussissent, ils produiront plus de maux actuels qu’ils ne feront espérer de biens à venir. Le bonheur n’est complet que pour celui qui est convaincu de sa possession. Toute contrainte occasionne un certain degré de souffrance. Il est donc impolilique de vouloir rendre heureux les hommes, isolés ou réunis, en comprimant leur volonté ; il me semble plus sage et plus sur de les persuader en les éclairant peu à peu , et de s’en tenir, dans le présent, à l’expression du vœu général.

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