CHARLES ALBERT
Suce ;
V ÔTRE M aj esté a daigné m accorder la permission de publier cet Ouvrage sous ses auspices. Je sens tout le prix de cet honneur; et après avoir exécuté une aussi vaste entreprise 5 sans cesse soutenu par une forte volonté de mettre la théorie de la Lune en parfaite harmonie avec l observation^ je ne pouvais pas souhaiter davantage.
Votre Majesté m'a prévenu par des marques si éclatantes de sa protection et de sa haute bienveillance , qu'il y aurait de l ingratitude de ma part , à ne pas Lui témoigner publiquement à quel point j' en suis touché .
Le mouvement imprimé par Votre Majesté aux Sciences et aux Lettres par la création d'un nouvel Ordre , destiné à récompenser , dans ses Etats , le mérite transcendant , et a maintenir sans cesse allumé le flambeau des Beaux Arts , fera de V otre règne une époque à jamais mémorable pour le Piémont.
Je m'acquitte aujourd'hui d'un devoir , et. je profite de la circonstance la plus glorieuse de ma vie pour rendre à Votre Majesté un hommage pur , dicté par la plus vive reconnaissance. A ce seul titre , j'ose croire qu'Elle daignera l' accueillir avec bonté.
Chaque partie des connaissances humaines a son langage et son style: malheureusement , cette branche de la Mécanique Céleste ne permet pas de traduire en peu de mots , à l'aide du langage ordinaire , les principaux résultats, qui sont le fruit réel d'un enchaînement de calculs aussi compliqués. J'ai cependant essayé de surmonter celte difficulté $ mais je dois f ous avouer, Sire5 V inutilité de mes efforts. J'ai du céder à V inflexibilité de V Algèbre,
pour ne point voir V obscurité et la complication prendre la place de la clarté et de la concision qui sont inhérentes au langage algébrique ; aux signes de ce puissant instrument de V entendement humain auquel on doit plusieurs de ces grandes découvertes qui , sous d'autres formes , se répandent dans la société par de nombreuses applications utiles ,
C'est ainsi que les théories abstraites de la Dynamique acquièrent une importance majeure lorsqu'on les applique au mouvement de la Lune, Cet astre , qu'on a d'abord cru n'avoir été donné à la Terre que pour Véclairer pendant les nuits 5 offre à l'espèce humaine un avantage plus précieux, Ilipparque de Bithjrnie , deux siècles avant notre ère ? avait déjà compris , que les éclipses de Lune pouvaient servir a la de ter minât ion des longitudes géographiques • Seize siècles après lui. Copernic , en établissant le double mouvement de la Terre, fit sortir V Astronomie de la sphère étroite qui l'avait renfermée jusqu alors, et amena bientôt sur la scène du monde savant V immortel Galilée, qui, mettant à profit une de ses découvertes, proposa pour le même objet, l'observation des éclipses des satellites de Jupiter, Mais de pareils moyens sont incertains, et tout-h fait insuffisans pour déterminer les longitudes en mer. Les
Astronomes du 1 6.'"'e siècle sentirent déjà que la Lune , par la rapidité de son mouvement , pouvait fournir un moyen plus exact et d'un usage journalier. Cette idée était sans doute très-ingénieuse. Il est vrai quelle ne fut d'abord qu'une spéculation inutile aux besoins de la navigation , et que pendant trop long-temps encore plusieurs navigateurs périrent victimes de l'estime incertaine obtenue par le Loch et la Boussole. Mais après la découverte des instrumens à réflexion, faite en 1781, on est revenu avec plus d'ardeur à l'idée radicale , d'employer le mouvement de la Lune pour déterminer les longitudes ; et par des perfectionnemens graduels , cette méthode a enfin été portée de nos jours au rang des decouvertes qui réunissent la grandeur , l utilité, et le mérite de la difficulté vaincue.
Sike, c'est à ces considérations , c'est à la noble curiosité qu'excite en nous l explication de l'étonnant phénomène du (lux et reflux de l'Océan , et le calcul exact des éclipses pour les siècles passés et à venir , qu est due l importance attachée aux travaux des Savans qui tendent à perfectionner nos connaissances sur le mouvement du satellite de la Terre.
J'ignore quel sera le sort de cette nouvelle théorie de la Lune, malgré V avantage incontestable quelle a
de représenter fidèlement ce genre de phénomènes par une déduction toujours conforme au grand principe de la gravitation universelle . Il y a loin de ce principe dû ci Newton à ces craintes chimériques causées autrefois par V apparition de certains phénomènes célestes ; il y a loin de là à ces premières observations astronomiques , qui ne présentaient que des faits isolés 5 presque sans attrait pour une imagination impatiente de remonter à la cause qui établit entre eux une liaison analytique.
Egalement éloigné de la crédulité et de la prévention , f ignore , si* la liberté avec laquelle j'ai discuté les recherches antérieures dans les points qui ne me paraissaient pas à V abri de toute objection 5 sera , en général 9 blâmée ou approuvée ; ou du moins permise à un ami sincère de la vérité 5 qui peu content de la voir parfois rencontrée par un heureux hasard ? exige quelle soit toujours solidement établie par le calcul et par F observation. Mais fai F intime conviction d'avoir toujours émis l opinion que je in étais formée d'après mes calculs et mes réflexions ; de n avoir rien négligé 5 rien avancé légèrement ; et d'avoir fait enfin tout ce qui dépendait de moi pour rendre cet Ouvrage moins indigne d'être dédié à Votre Majesté.
Mes voeux seraient remplis , si* par là j'attestais à
la postérité , autant quil est en mon pouvoir , que Votre Majesté savait apprécier et dignement encourager V étude de la plus sublime parmi les Sciences naturelles ; de V Astronomie , qui constitue le plus noble litre de V intelligence humaine .
Je supplie Votre Majesté d'agréer les sentimens du trèsprofond respect avec lequel je suis ,
Sire ,
De Votre Majesté,
À Turin le 7 septembre i83a.
Le tres-humblc et très-obéissant serviteur 't fidèle sujet JEAN PLANA.